Les enfants philosophes du Hasard Ludique

Les enfants philosophes du Hasard Ludique

Le Hasard Ludique, espace culturel du 18e arrondissement de Paris à la programmation protéiforme, proposera le 11 novembre et le 17 décembre 2017 des ateliers de philosophie pour enfants, animés par Claire Larroque, jeune doctorante en philosophie.

Le Hasard Ludique, espace multiculturel parisien du 18e arrondissement, organise les 11 novembre et 17 décembre 2017 des ateliers de philosophie pour les enfants à partir de 6 ans : une expérience pédagogique et ludique singulière dans un lieu original. Claire Larroque, 32 ans, animatrice des ateliers, a découvert la philosophie pour enfants au Québec, où elle préparait sa thèse en philosophie de l’environnement. Désormais, elle arpente Paris et sa banlieue en multipliant ces ateliers d’apprentissage dans des écoles, des collèges, des bibliothèques ou des librairies, flanquée de son sourire, de sa douceur et de son intelligence. Au Hasard Ludique, Claire souhaiterait que l’atelier attire des riverains : « Que cela fasse vivre le quartier », dit-elle, enthousiaste.

« L’atelier commence par une séance de relaxation au son d’un instrument de musique, raconte la jeune femme. C’est une flûte ou un bol tibétain, et je demande aux enfants à quoi ils pensent lorsqu’ils entendent ce son. » Ils sont ainsi invités à se concentrer sur le moment présent. Après avoir rappelé les règles (les enfants doivent se saisir d’un « bâton de parole » s’ils souhaitent intervenir), Claire raconte une histoire : « Un album jeunesse ou même un mythe platonicien », un socle commun à partir duquel la discussion peut s’engager. À la fin de la séance, les enfants dessinent ou peignent selon le thème du jour et leur inspiration.

Approche ludique et créative

Par cette approche ludique, créative et rythmée, Claire congédie la rigueur rébarbative d’un cours. Familiarisés à ses méthodes, les enfants apprennent même à recadrer leurs interventions : « Si l’un d’entre eux s’égare dans le récit de ses expériences personnelles, raconte Claire, un camarade le remet dans le droit chemin, et peut lui dire : C’est intéressant, mais tu parles trop de toi. » La jeune philosophe aime pourtant puiser dans les exemples donnés par les jeunes participants et s’adapter continuellement à leur réflexion qui donne parfois un tour inattendu à la discussion. Il ne s’agit pas pour Claire de les conduire à une conclusion prédéfinie : « Les enfants découvrent un espace démocratique de parole. Ils apprennent à penser par eux-mêmes, mais avec les autres. »

Les apprentis philosophes développent alors d’autres qualités que l’esprit critique, note Claire : « La bienveillance, l’empathie, une certaine maturité émotionnelle. » Pour le prochain atelier au Hasard Ludique, elle posera aux enfants la question « Faut-il se fier aux apparences ? » en s’appuyant sur l’album jeunesse Trompe-l’oeil de Marie-Laure Cruschiform et un conte philosophique de Jan Lantier, Apparences trompeuses. Questionner la fiabilité des apparences, un enjeu pleinement philosophique, peut aussi changer le quotidien des enfants dans leur relation aux autres, par exemple à l’école où les premiers cas de harcèlement sont relevés.

Le don de l’étonnement

« Mais le pari est de parler de morale sans être moralisatrice, précise Claire. D’ailleurs, les éducateurs, dans les écoles où j’interviens, pensent souvent que j’enseigne le respect. » Pourtant, l’apprentissage de l’esprit critique est plus efficace que n’importe quel cours de morale, insiste la philosophe. « Parfois, les enfants savent abstraitement que le racisme est condamnable, grâce aux campagnes de sensibilisation. Mais dans la cour de récréation, c’est une autre histoire. Les ateliers servent à connecter un savoir théorique et les actions des enfants. »

La philosophie apparaît souvent comme une discipline complexe. Il n’est pourtant pas de meilleur âge pour s’y atteler que l’enfance, selon Claire : spontanément, ils ont « la capacité de l’étonnement », qualité première du philosophe. « Ils savent encore s’émerveiller devant le monde, se poser des questions qui n’effleurent pas les adultes. Cet étonnement est la brèche à partir de laquelle ils peuvent apprendre à philosopher. C’est un moment précieux. »

Philo pour tous

Convaincue que philosopher est à la portée de tous, Claire aimerait que tout enfant puisse bénéficier d’ateliers. « En démocratie, nous sommes amenés à débattre, à voter », rappelle la philosophe. Pour elle, quelque chose échoue dans l’éducation. « Comment comprendre que des personnes très éduquées soient la proie d’embrigadements idéologiques ? » Pourquoi attendre la terminale pour apprendre la philosophie ? « Alors que la pédagogie de l’esprit critique devrait accompagner la formation des jeunes, martèle Claire. Si c’était généralisé, les relations humaines seraient différentes. »

Pour consulter la programmation Ateliers du Hasard Ludique, cliquez ici.

Pour consulter le site web de Claire Larroque, cliquez ici.

Légende Photo : © Alain Eli. Claire Larroque et deux jeunes participantes des ateliers philo au Hasard Ludique.

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Par Livia Garrigue

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