Bientôt un centre d’archives LGBT à Paris

Bientôt un centre d’archives LGBT à Paris

EN LIBRE ACCÈS – La mairie de Paris a annoncé en octobre 2017 la création pour 2020 d’un centre d’archives LGBT, un projet repoussé depuis de nombreuses années. L’émotion collective suscitée par le film de Robin Campillo, 120 Battements par minute, a contribué à remettre le sujet sur le devant de la scène.

Mardi 17 octobre 2017, la mairie de Paris a mis à jour sur son site web une page intitulée « Bientôt un centre d’archives LGBT à Paris ». Trois jours plus tard, à l’occasion de la seizième marche Exitrans, pour les droits des personnes trans et intersexes, l’association Act-Up a tweeté : « Hidalgo, les archives, au boulot ! » Une interpellation qui sonne comme un slogan, symptôme d’un combat inachevé.

Le projet d’un lieu de patrimoine et de transmission LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) à Paris tente de faire surface. Il traîne dans les cartons de la mairie depuis plusieurs décennies. Sous l’impulsion de Bertrand Delanoë, prédécesseur d’Anne Hidalgo, la mairie de Paris a financé le projet à hauteur de 100 000 € en 2002, mais sans aller plus loin. Le film 120 Battements par minute de Robin Campillo, sorti le 23 août 2017 et Grand prix au Festival de Cannes, a ressuscité le projet en rappelant un pan parfois oublié de l’histoire des combats LGBT : celui d’Act-Up Paris contre le sida à une époque où l’apathie collective et gouvernementale laissait mourir gays et toxicos et où la maladie faisait des ravages en prison.

« La fabrique de l’oubli »

Didier Lestrade, cofondateur d’Act-Up Paris et auteur de Act Up, une histoire, a mis à profit l’ébullition médiatique autour de 120 Battements par minute pour promouvoir à nouveau l’idée du centre d’archives LGBT. Dans une tribune publiée sur le site Slate.fr le 8 septembre 2017 intitulée « S’il n’y a pas de centre d’archives LGBT/sida, Delanoë et Hidalgo se partageront mes cendres sur la tête » insiste sur la mauvaise volonté de la mairie et sa responsabilité dans ce qu’il nomme « la fabrique de l’oubli ». « La mémoire est un enjeu essentiellement politique », rappelle-t-il.

Rassemblement contre les idées du Front National le 30 avril 2012 © Xavier de Torres

Après avoir vu le film, Vincent Daniel, journaliste à France Info, a raconté sa sidération dans un billet. Le jeune homme a voulu se documenter pour savoir « ce qu’ont vécu des pédés comme [lui] il y a de cela quelques années ». Mais frustration : « les archives sont parcellaires, partielles, éparpillées », a-t-il déploré. L’histoire des combats LGBT, pourtant vieille de moins de trente ans n’est pas connue de tous les jeunes gays qui ont bénéficié d’une prévention de qualité durant leur éducation. « Par ailleurs, j’ai pu faire un coming-out tranquille », ajoute Vincent Daniel dans son texte, soulignant ainsi l’évolution des moeurs, même si l’homophobie demeure. L’histoire se raconte avec des archives, et la connaître permet à Vincent Daniel de savoir ce qu’il doit à sa communauté.

Les archives LGBT devraient finalement avoir un toit en 2020, a annoncé Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris en charge de la Culture au quotidien Libération le 11 octobre 2017. Un colloque se tiendra en 2018 pour dessiner l’armature du projet. Il devrait bénéficier d’un double financement : Etat, Ville de Paris. Ce centre pourrait être ouvert dans la mairie du 3e ou du 4e arrondissement, dans un espace qui sera libéré de fait lorsque fusionneront les quatre premiers arrondissements de la capitale.

Photo à la une : Cortège Act-Up Paris pendant un rassemblement pro Mariage pour tous © Xavier de Torres

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Par Livia Garrigue

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