Fin de règne pour Maurice, gérant du dernier ciné porno parisien

Fin de règne pour Maurice, gérant du dernier ciné porno parisien

EN LIBRE ACCÈS – Le Beverley, dernier véritable cinéma porno de Paris, et lieu de libertinage, se cache dans une petite rue du 2e arrondissement de Paris. Bientôt, Maurice Laroche, son gérant passionné depuis 34 ans, raccrochera ses bobines.

Maurice Laroche, 74 ans, arrivé en 1983 dans le dernier cinéma porno de Paris, et patron de celui-ci depuis 1992, est énergique. Il trahit pourtant une certaine fatigue. « C’est bientôt la fin, soupire-il. Avec les taxes sur le cinéma porno votées en 1975, cause de l’anéantissement des salles spécialisées, c’est devenu de plus en plus dur. Le Centre national du ciméma me pique tout mon pognon ». Hormis quelques coups de main donnés par des amis, Maurice doit tout faire seul, ménage, caisse, projection. Nostalgique, il raconte les débuts : « J’étais venu par curiosité et pour dépanner trois semaines. J’y suis depuis 34 ans. » Il était alors directeur d’une salle traditionnelle. « Puis j’ai rencontré la clientèle. Ici, je collectionne les amis ». Il dit que c’est un lieu où les gens sont heureux, « éloignés du monde extérieur ».

Dans une rue exiguë du 2e arrondissement de Paris, le Beverley se fait discret. Son entrée minuscule se dérobe au regard. Dans son vestibule étroit et suranné, murs et plafond sont tapissés de posters de films pornographiques aux allures désuètes : Si mon cul vous était conté, Francesca jeune veuve en extase, ou Voluptés anales. Dans un coin, un guichet encombré derrière lequel s’assoit Maurice, entre une photo de fesses et une actrice dénudée sur une vieille affiche. Le lieu semble n’avoir pas bougé depuis 40 ans, à l’image de sa clientèle. « Beaucoup de spectateurs poussent la porte pour revivre leur jeunesse. Ce cinéma, c’est une madeleine de Proust », s’émeut Maurice. Mais il affirme que des amateurs plus jeunes viennent tenter l’expérience.

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De 11 heures à 21 heures, sans interruption, le cinéma diffuse des films des années 1970 à 1999. Pour lui, l’âge d’or du porno. « Dans un beau film, il y a un parcours, une séduction, une approche… Aujourd’hui, les consommateurs de porno n’acceptent plus dix minutes de dialogue. Ce n’est que du sexe pour le sexe, on ne tourne que des films masturbatoires », se désole Maurice, qui passerait presque pour un romantique. « Je suis de la vieille école », précise-t-il. Adepte du « c’était mieux avant », il regrette les années sans Internet et sans smartphones, lorsque l’accès au porno était moins instantané. Mais aussi une authenticité disparue : « Chez moi, on voit des femmes avec du poil. Et elles ne sont pas refaites. Un cul c’est un cul, des seins c’est des seins », s’exclame-t-il.
 
Le cinéma organise des soirées pour les couples. Richard, 62 ans, l’oeil malicieux, aide parfois Maurice au cinéma. Il confie que pendant ces soirées, souvent libertines, « le film n’est plus sur l’écran, il est dans la salle ». Richard vit lui aussi tragiquement le déclin du Beverley. Il regrettera « cette ambiance qui repousse les tabous sur la sexualité et les rapports entre les gens », une ambiance que Maurice aime qualifier de « bon enfant ». « Maurice, c’est le dernier dinosaure du porno, s’exclame Richard. Quand il arrêtera, ce sera la fin d’une époque. » Celui-ci se fait une haute idée de sa mission : « J’apporte du bonheur et du rêve. Le jour où je partirai, il va manquer quelque chose à Paris, que dis-je ? À la France ! ».

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Par Livia Garrigue

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