Une exposition rend hommage à Montmartre, décor de cinéma

Une exposition rend hommage à Montmartre, décor de cinéma

ARTICLE EN LIBRE ACCÈS – À l’occasion de la Fête des vendanges, Parisiens et touristes découvrent les films consacrés à Montmartre, au gré d’une exposition organisée par le Musée de Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris.

Le Musée Montmartre et ses jardins Renoir, espaces idylliques isolés du bruit de la ville, accueillent une exposition fantasmagorique retraçant l’histoire des films tournés à Montmartre. Extraits de films, manuscrits, décors, costumes, affiches : le visiteur y découvre un décor intemporel, et pourtant toujours réinventé par les différents réalisateurs qui ont tourné à Montmartre. Cette richesse est une fierté pour Saskia Ooms, conservatrice du Musée de Montmartre et commissaire de l’exposition. Elle contribue à projeter le visiteur dans un monde à part. La profusion archivistique consacrée aux films tournés sur la Butte permet d’en prendre la mesure. Pendant la préparation de l’exposition, Saskia Ooms a fait « des découvertes merveilleuses », comme des dessins rares d’Ernst Stern réalisés pour le film Die Flamme d’Ernst Lubitsch.

L’atmosphère de l’expo, également coordonnée par Pierre Philippe, réalisateur et Isabelle Ducatez, directrice de l’association Le Vieux Montmartre, rappelle celle des salles obscures. La scénographie a été l’objet d’un soin tout particulier : « Nous voulions vraiment que le visiteur ait le sentiment d’entrer dans un décor de cinéma  », explique Saskia Ooms. Pari réussi pour cette mise en scène enchanteresse reconstituant les différents quartiers de Montmartre. À Pigalle, les néons rouges propulsent le curieux dans la vie nocturne du quartier.

Au temps des films muets

Dès la première pièce, au bruit caractéristique de la bobine qui tourne, le visiteur est projeté au temps du cinéma muet. Puis des univers sonores complexes l’accompagnent. Les commissaires ont fait appel à deux scénographes afin de construire un impressionnant monde parallèle, où s’entremêlent la voix de Marcel Aymé racontant Montmartre, des sons de la ville et des dialogues de films.

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Des néons pour la partie Pigalle de l’exposition.

Ce cheminement invite à redécouvrir Montmartre et à explorer un quartier trop souvent réduit à une carte postale, ou au film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, auquel une salle est consacrée. « Il y a un mythe Montmartre », reconnaît Saskia Ooms. Mais beaucoup de réalisateurs ont investi Montmartre en le déshabillant de ses clichés. Truffaut, raconte la commissaire, filmait la vie de quartier, loin d’en faire un décor en carton-pâte. Il racontait son Montmartre au travers du personnage d’Antoine Doinel, dès Les 400 coups, en 1959, où l’on voit Jean-Pierre Léaud enfant dévaler les marches du Sacré-Coeur et appeler effrontément « Madame » un prêtre passant par là.

Image d’Épinal

C’est aussi le cas, plus tard, de Cédric Klapisch avec Paris, ou Michel Gondry avec La science des rêves. « Gondry filme son propre immeuble montmartrois sans que l’on sache qu’il se déroule sur la Butte », note Saskia Ooms. Les réalisateurs, imprégnés du quotidien de leur quartier, n’ont pas ce regard de touriste qui pourrait figer le décor en image d’Épinal. Les Parisiens se reconnaîtront dans l’expo. Saskia Ooms confirme d’ailleurs qu’elle est davantage visitée par des locaux que par des touristes.

Montmartre, c’est aussi Pigalle, le Paris de la perdition et des films noirs, comme Bob le flambeur, de Jean-Pierre Melville. Dans le Montmartre romantique, les histoires d’amour finissent parfois mal. Saskia Ooms évoque, des étoiles dans les yeux, Juliette ou la clé des songes, l’un de ses films préférés de l’exposition. Un film de Marcel Carné tombé dans les oubliettes, trop souvent éclipsé par Les enfants du paradis. L’on y voit Gérard Philippe fuir dans les si photogéniques marches montmartroises, dans cette histoire d’amour impossible qui se clôt sur un suicide. Comme le dit Jean-Pierre Léaud sur un toit de Pigalle, dans une séquence de Boulevard, de Julien Duvivier, « C’est chouette Pigalle. J’aimerais pas habiter ailleurs ».

Légende photo : Scène du film Boulevard, réalisé en 1960 par Julien Duvivier, avec Jean-Pierre Léaud et Monique Brienne.

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Par Livia Garrigue

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