JM Vidéo, la survie d’un vidéo-club parisien

JM Vidéo, la survie d’un vidéo-club parisien

L’un des derniers vidéo-clubs de Paris, JM vidéo, résiste aux téléchargements. Le secret de sa survie ? Un patron avenant, des vendeurs passionnés et un choix infini qui ridiculise les plateformes VOD.

Les vidéo-clubs ont disparu de la capitale. Foudroyés en quelques années par les plateformes de téléchargement, leur présence a chuté de 95,8% entre 2002 et 2014 selon une étude de la Chambre du commerce de Paris. Mais il reste quelques irréductibles : de magasins impersonnels à tous les coins de rue, ils sont devenus des lieux uniques. JM Vidéo, la boutique de Philippe Zaghroun, ouverte depuis 1982, 121 avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris, est selon ses clients une caverne d’Ali Baba. D’après Thibault, 25 ans, conseiller et vendeur, « c’est presque un lieu sacré, un temple ». Mais surtout un terrain de discussion et de convivialité cinéphiles, comme l’indique son slogan : « Le lieu de rencontre des cinéphiles parisiens ». Pour Philippe, le chef des lieux, un cinéphile est un passionné de cinéma, sans discrimination : « Un amateur de blockbusters peut être cinéphile. »

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JM Vidéo, 121 avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris

Ce qu’il y a de plus précieux dans le travail de Philippe, c’est « le contact avec les clients » et les discussions à bâtons rompus sur les films : « Je n’aimerais pas vendre des chaussures », sourit-il. Et tant mieux, parce que le vidéo-club accueille un carnaval de cinéphiles monomaniaques. Il y a « les zélés du cinéma de niche », raconte Thibault. Ceux qui ne jurent que par les films d’horreur, quitte à absorber toutes les séries Z les plus douteuses. Il y a la petite communauté qui veut faire le tour des classiques hollywoodiens. Certains, au contraire, se limitent aux nouveautés, mais toutes les nouveautés. Thibault évoque une cliente qui, obsédée par Paul Newman, veut engloutir toute sa filmographie. Grâce à son fichier, il peut commander les films qu’elle n’a pas encore vu et devancer ses besoins : « On finit par connaître leurs préférences ». Beaucoup viennent pour être aiguillés. Très vite, « on voit dans quel monde cinématographique ils évoluent », explique Thibault.

Rayons

Les rayons de JM Vidéo, classés par genre et par réalisateur

Les vendeurs aussi sont épris de cinéma, critère essentiel pour honorer les marottes cinéphiles des clients. Tous travaillent aussi dans ce milieu : Thibault est scénariste, Fabien et Vincent, vendeurs également, ont réalisé un film présenté au festival de Cannes 2017, Jean Douché, L’enfant agité. « Et le 3e co-réalisateur », ajoute Philippe avec fierté, « c’est un ancien stagiaire du vidéo-club ». Jonathan, lui, court les avant-premières, collectionne les selfies avec Cronenberg, Carpenter, De Niro et d’autres. « C’est une vraie groupie », précise Thibault. Tous ont affiché dans la boutique leur Top 20 personnel des films sortis en 2016. On y trouve autant de productions grand public que de petits films plus exigeants.

Philippe, 52 ans, d’abord vendeur au vidéo-club, a racheté la boutique en 1993. Il n’est pas particulièrement fier de compter parmi les derniers magasins du genre à Paris. « J’aurais aimé que d’autres aient survécu ». Avec ses 40 000 films, il y a dans sa boutique un choix si titanesque que les plateformes VOD ne peuvent le faire trembler. Les salles de cinéma et les cartes illimitées sont des alliées, car « elles entretiennent la passion du cinéma ». Le vrai problème, ce sont les téléchargements illégaux. Ses clients ne téléchargent pas et restent attachés à l’objet DVD, voire aux VHS soigneusement conservées par Philippe. Ceux-ci sont « beaucoup plus intello qu’avant », dit Philippe avec un soupçon de regret dans la voix. Mais attention : les intellos louent aussi des blockbusters et des comédies idiotes. « Ils ont des petits plaisirs coupables », ajoute Thibault.

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Par Livia Garrigue

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