Bacchanale de paillettes pour la Nuit Blanche

Bacchanale de paillettes pour la Nuit Blanche

EN LIBRE ACCÈS – REPORTAGE – La Canopée des Halles, dans le 1er arrondissement de Paris, s’est transformée en arène pailletée envahie par 300 danseurs amateurs lors de la Nuit Blanche, le 7 octobre 2017. Enfiévrés et argentés, ils ont magnifié la performance imaginée par Olivier Dubois, Mille et une danses.

Canopée des Halles, 1er arrondissement de Paris : dans le cadre de la Nuit Blanche, le spectateur peut suivre un parcours de saynètes chorégraphiées, inspirées du cinéma. Talons aiguilles de Pedro Almodovar, Beau travail de Claire Denis ou encore L’homme orchestre avec de Funès, exécutées par des danseurs en habit de lumière étincelant et métallisé. Mais la plus grande scène, une mer de paillettes au dernier niveau, captive le regard. Comme à l’opéra, elle est visible depuis plusieurs étages. Mais le spectacle, moins sage qu’à l’opéra, y déploie une nuée folle de 180 danseurs amateurs. Une exultation collective sur les pulsations électro sombres et entêtantes de la BO d’Irréversible de Gaspar Noé, signée Thomas Bangalter, de Daft Punk.

Costume trois pièces, minijupe, jean-chemise ou débardeur léopard, les accoutrements disparates des danseurs sont à l’image de ceux qui les portent. Dans ce paysage de liesse collective, de corps triomphants et de visages radieux, tous les âges se frôlent, et tous se surpassent. Tantôt night-club effervescent, tantôt ballet religieusement synchronisé, l’essaim fonctionne par attroupements et dispersions, flux et reflux. Soudain, une nébuleuse de danseurs se forme. Organiquement, les corps s’enchevêtrent par courbes, cambrés, étreintes et collisions, comblant les espaces vides, avant un nouvel éparpillement chaotique proche de l’ivresse. Enfin, une dualité magique entre ciel et terre hypnotise le spectateur : à une danse intensément terrienne, quasi païenne, s’allie la voltige immatérielle des paillettes.

Ferveur collective

Par circulation électrique ou mystérieuse contagion corporelle, la vitalité des danseurs se propage dans la foule immense venue les voir, répartie sur des niveaux multiples. La frontière entre public et performeurs est indécise. Acclamations et sautillements de part et d’autre résultent en une vibration collective. Les spectateurs ovationnent des danseurs qui leur ressemblent.

Nuit blanche 2017

Mille et Une danses, d’Olivier Dubois, à la canopée des Halles, 7 octobre 2017. Joséphine Brueder / Mairie de Paris

La poésie du spectacle réside aussi dans la ténue fragilité propre aux danseurs amateurs. Happé par les attroupements, l’oeil du spectateur accroche parfois un danseur ou un détail : la précarité d’un équilibre, une infime hésitation, un moment d’égarement proche de la transe. Le public sent qu’il s’agit pour eux d’une expérience unique. Le recours aux danseurs amateurs résonne avec l’itinéraire du chorégraphe lui-même : c’est à seulement 23 ans qu’Olivier Dubois décide de tout plaquer pour la danse, assumant un corps qui ne correspond pas aux canons habituels, et malgré les tentatives de dissuasion. Julien, un habitué des performances chorégraphiques qui danse ce soir-là, confirme. Saluant « son ambition et sa folie », il ajoute : « Impossible ne fait pas partie du vocabulaire d’Olivier. »

Ce parcours atypique a encouragé Pierre-Olivier, 38 ans, à entrer dans la danse et à participer à ce spectacle. Hormis « de longues nuits en boîte », Pierre-Olivier, qui travaille dans le financement de la recherche scientifique, a une mince pratique de la danse. C’était donc un « grand saut dans l’inconnu ». Le danseur amateur reconnaît que durant la préparation, « il y avait des moments de joyeux bordel » mais, à la clé, l’intense joie de voir le résultat se mettre en place. Galvanisant : c’est le mot qui revient entre Pierre-Olivier et ses amis à l’issue de la performance. « Éprouvant, mais génial. » Dès les répétitions, il y avait le plaisir de la « production collective, toujours un peu magique quand l’énergie se met à circuler vraiment ». Circulation magique et transvasement d’énergie, notamment avec les spectateurs, étaient bien à l’oeuvre samedi soir. Les jets de paillettes sur le public, aussi.

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Par Livia Garrigue

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