Le nouveau théâtre Le 13ème Art a ouvert dans le 13e arrondissement

Le nouveau théâtre Le 13ème Art a ouvert dans le 13e arrondissement

ARTICLE EN LIBRE ACCÈS – Le théâtre Le 13ème Art a ouvert ses portes, mardi 26 septembre 2017, dans le 13e arrondissement de Paris. Un défi et une renaissance pour le Gaumont Italie, ce vaste cinéma qui abritait l’écran panoramique le plus large de la capitale.

« Ha il va enfin se passer quelque chose ici ? » ironise Jean- Pierre, quand il découvre l’affiche monumentale sur la façade du centre commercial. Place d’Italie, dans le 13e arrondissement, une nouvelle scène a ouvert cette semaine : Le 13ème Art. Loin des quartiers habituels de Saint-Germain-des-Prés ou des Grands Boulevards. Oui mais voilà, ce vaste théâtre installé sous le centre commercial Italie 2 comporte deux salles, dont une, majeure, de 900 places. « Trente mètres de large de mur à mur, c’est le plus grand plateau de Paris, on peut accueillir tous les spectacles », fanfaronne Olivier Peyronnaud, le directeur France de Juste pour rire, l’équipe québécoise qui porte le projet.

Quand nous le visitons, début juillet 2017, l’espace rempli d’échafaudages a des allures de mikado géant. À côté, on peaufine une salle plus petite (140 sièges), un studio TV, des espaces de répétition. Tout sera prêt pour fin septembre, assure-t-on. La programmation de ce lieu pluridisciplinaire se veut éclectique : théâtre, musique, humour, cirque, danse… Cet automne sont annoncés l’acrobate James Thierrée (vu dans le film Chocolat), le showman Arturo Brachetti, des représentations de La Cantatrice chauve avec Romane Bohringer. Le théâtre s’enorgueillit de collaborations prestigieuses, la réalisatrice Coline Serreau, le Cirque Éloize ou le National Theatre de Londres.

« Pas de concurrence à proximité »

Le défi est grand, alors des questions se posent. Comment rendre attirant ce 13e arrondissement excentré dans le paysage culturel parisien et pas franchement pris d’assaut pour sortir ? « Il y a 750 000 per- sonnes qui habitent à moins de vingt minutes à pied et c’est facilement accessible. On veut
drainer la rive gauche et tous les Parisiens, affirme Olivier Peyronnaud. Ce coin n’est pas fun, mais ça va changer ! »
« Le fait qu’il n’y ait pas de concurrence à proximité est un atout », estime Laurent Bentata, secrétaire général du Syndicat national du théâtre privé, dont Le 13ème Art est membre.

Comment, ensuite, tirer son épingle du jeu face à l’offre plétorique et à la baisse de fréquentation ? L’équipe mise sur le renouvellement – les spectacles ne dureront pas plus de quatre ou cinq semaines – et l’éclectisme. « On pourra programmer la même semaine Valérie Lemercier et Patrice Chéreau ! » Comment, enfin, rompre avec l’image a priori négative du centre commercial ? En proposant un espace à « l’esthétique imaginaire, au décorum déstructuré et moderne ». Ce chantier a été confié à Daniel Vaniche, l’architecte de la (nouvelle) salle Pleyel et de l’AccorHotels Arena.

Ne pas perdre d’argent

« La première fois que j’ai entendu “13e arrondissement, ancien cinéma et centre commercial”, je suis venu à reculons », confesse Olivier Peyronnaud, vingt-six ans de théâtre public dans les bagages, bizut du privé. Il s’est confronté, au début, au scepticisme du milieu. « Mais ce plateau est insensé, les artistes n’en reviennent pas. Je me suis rendu compte qu’on pouvait transformer les handicaps apparents en forces. »

L’objectif fixé par ses patrons de Juste pour rire, de l’autre côté de l’Atlantique, est de ne pas perdre d’argent. Mais il faudra en rentrer pour faire face aux 2 millions d’euros de charges par an. Alors, le directeur, qui conserve ses vieilles habitudes du public, multiplie les contacts avec les associations et les écoles du quartier, veut en faire un lieu de vie en journée semblable aux subventionnés Théâtre du Rond-Point (8e) ou Centquatre (19e). « Ce théâtre est à la fois producteur et diffuseur, ça représente l’avenir. Le casting est bon, ça laisse présager une belle dynamique », appuie Laurent Bentata.

« Une vitrine pour le quartier »

Juste pour rire, locataire pour dix ans, espère profiter des 13 millions de personnes qui passent chaque année dans le centre commercial Italie 2, presque autant qu’à Disneyland. « Nous sommes fiers, c’est une vraie vitrine pour le quartier et pour Paris », se réjouit Ludovic Burnel, chef de projet chez Hammerson. La foncière, propriétaire du centre commercial et du théâtre, se félicite de la renaissance de cet espace longtemps resté vide. Car Le 13
ème Art ouvre dans le corps d’un autre, celui d’un cinéma que le Tout-Paris a connu dans les années 1990, le Grand Écran Italie ou Gaumont Italie, doté d’une toile de la taille d’un terrain de tennis : 240 mètres carrés. Faute de fréquentation, l’activité de la salle mythique s’est arrêtée le 2 janvier 2006 sur une ultime séance de King Kong.

Happy end pour le Grand Écran Italie

Pendant dix ans, l’endroit est menacé par les pelleteuses et différents projets – tour à tour des boutiques, un multiplexe, une salle de sport. Mais une association, Sauvons le Grand Écran, s’insurge et se lance dans la bataille judiciaire face au groupe Pathé pour maintenir la vocation culturelle du lieu. Des années plus tard, le collectif emmené par la pétillante Marie-Brigitte Andreï finit par l’emporter.

Alors cette (ré)ouverture, une décennie plus tard, c’est un peu leur victoire. « L’équipe de Juste pour rire est consciente que si la salle existe encore, c’est grâce à nous », rappelle la « combattante », qui regrette que l’écran monumental n’ait pas été conservé. Olivier Peyronnaud le reconnaît volontiers. En signe de gratitude, il prévoit, pour la semaine d’ouverture, un concert symphonique qui reprend les mélodies de films projetés autrefois en ces murs. Happy end pour le Grand Écran Italie. Jean-Pierre, lui, se précipite chez lui pour voir le programme complet.

Par Philippe Schaller

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