Démons – Le Montfort (15e)

Démons – Le Montfort (15e)

LA PIÈCE – Lorraine de Sagazan adapte Lars Norén aux conditions de production d’une jeune compagnie. Un trésor d’intelligence et d’humour noir, porté par des comédiens brillants.

Un fauteuil léopard qui a vécu, des fripes en strass et des paillettes éparpillées… Loin du décor de château où Lars Norén situe sa pièce écrite en 1984, le plateau du Démons de Lorraine de Sagazan a des airs de débarras. L’adaptation ne s’arrête pas là. Du texte d’origine, à la richesse un peu brouillonne des œuvres de jeunesse, la metteuse en scène qui signe là sa deuxième création ne conserve en effet qu’un canevas. Soit la dispute d’un couple de névrosés, dont tous les secrets font surface le temps d’une soirée. Réécriture largement nourrie d’improvisation, sa pièce fait entrer le spectateur dans les cruels jeux conjugaux tout en restant fidèle à l’esprit du dramaturge suédois.

Pour briser le quatrième mur, Lorraine de Sagazan commence par changer le nom des personnages. Katarina et Frank font place à Lucrèce et Antonin… prénoms des deux comédiens de ce texte écrit par Norén pour quatre acteurs. Le public n’a guère le choix. À portée de main des comédiens, il lui faut à la fois assumer le statut de voyeur que lui impose la mise en scène – un dispositif bifrontal, au moment de la création au Théâtre de Belleville en 2015 – et le jeu que lui proposent les excellents Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré. Il remplace donc Jenna et Thomas, invités chez Lars Norén par le couple principal à partager un peu de sa monstruosité.

Le public de Démons est donc un drôle de roi dont la position est interrogée avec humour. Lorsqu’Antonin chuchote à quelqu’un une anecdote scabreuse au creux de l’oreille par exemple et qu’il fixe une spectatrice assez longtemps pour lui faire baisser les yeux, ou quand, avec ses cheveux roux en bataille et son air mi-naïf mi-diabolique, Lucrèce fait la maîtresse de maison en distribuant à la va-vite des verres de vodka et des chips. Au service de la complexité de la relation imaginée par l’auteur, ces actes très subtilement effectués sont au cœur du théâtre de l’intranquillité de Lorraine de Sagazan. Une artiste dont on entendra encore parler.

Démons
Jusqu’au 14 octobre 2017
Le Montfort106, rue Brancion – 75015 Paris
Tél. : 01 56 08 33 88

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Anaïs Heluin

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *