L’air de Paris sera-t-il sauvé par les algues des colonnes Morris ?

L’air de Paris sera-t-il sauvé par les algues des colonnes Morris ?

EN ACCES LIBRE – La première colonne Morris dépolluante est en cours d’expérimentation place Victor-et-Hélène-Basch, dans le 14e arrondissement de Paris. Son objectif : purifier l’air par la photosynthèse. L’innovation intrigue.

Depuis juillet 2017, les passants du carrefour d’Alésia, 14e arrondissement de Paris, ralentissent devant la colonne Morris. Ils semblent chercher les affiches de spectacles habituellement présentes sur les fameux piliers verts plantés sur les trottoirs de la capitale depuis le XIXe siècle. Et pour cause, cette colonne-là a une vocation bien différente de ses cousines : purifier l’air du quartier.

Par un processus de photosynthèse, les microalgues, sous la coque de la colonne, se nourrissent de l’air pollué et le recrachent sous forme d’oxgène. La capacité de captation de CO2 de cette colonne Morris dépolluante peut être équivalente à 100 arbres, soit une tonne de CO2 par an. Deuxième effet : les organismes vivants dans la colonne vont se développer. La biomasse ainsi créée sera évacuée vers une station d’épuration puis transformée en biométhane, gaz naturel utilisé pour chauffer les villes.

Justine, 20 ans, habitante : " La multiplication d'initiatives de modernisation de l'espace transforme ce rond-point, trop emprunté par les voitures. C'est de mieux en mieux"

Justine, 20 ans, habitante du quartier : « La modification du carrefour transforme le rond-point, trop emprunté par les voitures. C’est de mieux en mieux »

Entre circonspection et enthousiasme

Les habitants du quartier sont partagés quant à l’efficacité du projet. Anthony, 27 ans, barman à l’Éphémère et habitant à quelques pas, n’avait pas remarqué la colonne Morris tant elle se fond dans le paysage : « C’est une bonne chose, il faut dépolluer Paris ». Même constat pour Justine, une riveraine de 20 ans, en classe préparatoire pour les écoles de commerce. Ses yeux s’écarquillent à la vue de la colonne qu’elle trouve trop imposante : « Malgré tout, c’est une très bonne initiative. C’est un endroit stratégique qui a vraiment besoin d’être dépollué, il y a constamment des embouteillages ». Cette place du sud de la capitale n’a pas été choisie par hasard : six artères convergent vers ce rond point avec un passage moyen de 72 000 voitures par jour.

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James, kiosquier depuis 17 ans sur la place Victor-et-Hélène-Basch, vient tous les jours en vélo depuis la Gare de Lyon. Son avis est partagé : « Cela me semble un peu vague… Sur la place, le vent vient majoritairement de l’Ouest. Seuls ceux du côté Est de la place pourront profiter du dispositif. Mis à part cela, cette démarche va dans le bon sens. ». A la Grande Pharmacie d’Alésia, on soutient le projet. Mais un phénomène interpelle l’équipe de pharmaciens : les techniciens qui bricolent régulièrement la colonne réparent-ils le dispositif ou font-ils de simples relevés ? Réponse pour le premier bilan fin septembre, assure la mairie de Paris.

James Howarth, 61 ans, kiosquier depuis 17 ans à la sortie du métro Alésia, pense que cette initiative permettra de réduire la pollution de l'air, lui qui se déplace quotidiennement en vélo

James Howarth, 61 ans, kiosquier depuis 17 ans à la sortie du métro Alésia, pense que cette initiative permettra de réduire la pollution de l’air, lui qui se déplace quotidiennement en vélo.

Un enjeu écologique majeur

Cette innovation, reproduit un phénomène naturel, le puits de carbone. Elle est le fruit d’une collaboration entre Suez et une start-up du Sud-Ouest, Fermentalg. Elle a été présentée lors de la COP 21, en décembre 2015. L’entreprise Suez, qui pilote l’expérimentation, préfère rester prudente et attend les premiers résultats, selon Le Monde. Le quotidien relate également l’avis prudent d’Olivier Bernard, directeur de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique. Le scientifique reconnaît que ce projet « va dans le bon sens », mais tempère en expliquant « qu’il faudrait une forêt de colonnes entière pour que ça ait du sens. ».

Les différents acteurs de cette initiative attendent impatiemment les premiers résultats. Si les colonnes purifiantes s’avéraient efficaces, nous pourrions les voir se multiplier un peu partout dans la capitale, et cette biotechnologie écologique s’ajouterait au nombreux moyens mis en place par la mairie de Paris pour lutter contre la pollution de l’air.

Photo © Pierre Lentz

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Par Pierre Lentz

1 Commentaire

  1. coryn

    Bonjour, c’est un début d’expérience intéressante sur le principe des biocarburants dits de troisième génération transformant le dioxyde de carbone CO2 par photosynthèse au moyen de microorganismes sélectionnés (encore mieux si OGM) et du rayonnement UV solaire.
    Les produits générés sont des huiles à capacité énergétique. Il existe de nombreux pilotes de laboratoires de R&D dans le monde fonctionnant selon ce principe mais c’est intéressant et didactique que Paris innove.

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