Le Dindon

Le Dindon

LA PIÈCE # 15 – Interprétée par la première promotion de l’École d’art dramatique du Lucernaire et mise en scène par Florence Le Corre et Philippe Person, la comédie de Feydeau est restituée dans toute sa perfection comique.

L’heure est à la réhabilitation de Feydeau. À son image d’amuseur public, nombre de metteurs en scène opposent une vision plus complexe. Jusqu’à voir dans ses vaudevilles non seulement une critique des mécanismes sociaux de son époque, mais une noirceur teintée d’absurde. Philippe Person n’est a priori pas de ceux-là. Spectacle de fin d’études de la première promotion de l’École du Lucernaire qu’il dirige – après avoir été directeur du lieu de 2009 à 2015 – son Dindon se présente comme une fantaisie aux couleurs pastel. Comme un imbroglio bon enfant de tromperies conjugales.

Dans un décor limité à deux panneaux légers et à quelques sièges, la mécanique très précise du vaudeville créé pour la première fois en 1896 repose entièrement sur les comédiens. Ils sont vingt-quatre en alternance, douze d’entre eux jouant chaque soir le dérèglement du foyer bourgeois de Vatelin (Alexandre Zelekin, le soir de notre venue) et de sa femme Lucienne (Alice Persain). Réduit par Philippe Person, le texte fondé sur un comique de répétition leur offre une partition idéale. À un rythme effréné, au gré des nombreux rebondissements qui ponctuent la pièce, chacun y développe un personnage aux accents burlesques, à la limite de la caricature.

Dès les premières secondes de la pièce, Alice Persain et Nicolas Bouillis (Pontagnac, séducteur qui poursuit Lucienne de ses assiduités, rôle interprété par Pierre-Louis Paillusseau) affichent le rejet de tout réalisme de Philippe Person. L’une en robe bon chic bon genre, l’autre en survêtement de sport, les deux acteurs courent sur place en échangeant quelques paroles. La suite est à l’avenant : entre chutes et accélérations, une galerie de protagonistes hauts en couleur s’invitent dans le salon de Vatelin, qui se transforme en chambre d’hôtel dans l’acte deux. Un Anglais de Marseille à la dégaine de mafieux (Nicolas Bouillis), son épouse aguicheuse ou encore une maîtresse-femme munie d’un fouet… Tout un petit monde qui dit la folie du nôtre d’un air badin.

Photo de couverture © Doriane Chapelier

Le Dindon. Jusqu’au 20 août 2017. Lucernaire. 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Tél : 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr

Acheter le PDF de Soixante-Quinze # 15 dans lequel est publié cet article, cliquez ici.

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Anaïs Heluin

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *