La Ville de Paris surfe en solo sur la bière locale

La Ville de Paris surfe en solo sur la bière locale

EN LIBRE ACCES – La Ville de Paris a moissonné, mardi 4 juillet 2017, au bois de Vincennes, les 4000 m2 d’orge qu’elle avait semés en septembre 2016. Première étape symbolique du projet de production de la première Bière de Paris, cette récolte parisienne s’inscrit dans la dynamique de soutien de l’agriculture urbaine, mais écarte les producteurs locaux.

La Ville de Paris récolte ce qu’elle a semé : en automne 2016, 4 000 m2 d’orge et 20 pieds de houblon ont été plantés au coeur du bois de Vincennes, avec pour objectif de créer la Bière de Paris. La céréale a été moissonnée, mardi 4 juillet 2017. Objectif, produire une bière 100 % parisienne en partenariat avec l’Association des brasseurs de France. « Le houblon sera récolté plus tard, en septembre, et le brassage se fera dans les chais de Bercy », explique son secrétaire général, Pierre-Olivier Bergeron.

Cette récolte s’inscrit dans la dynamique de soutien à l’agriculture urbaine et de promotion des circuits courts, poursuit la Ville de Paris, qui observe avec intérêt la multiplication des producteurs de bière dans la capitale. Fin connaisseur des bières du monde, Pierre-Olivier Bergeron rappelle que ces plantations sont cultivées sans engrais ni traitements phytosanitaires, et que les plants de houblon proviennent de Hochfelden en Alsace : « Nous voulons prouver qu’il est possible d’amener la campagne dans la ville. »

Edward Jalat-Dehen, brasseur parisien, représentait ses collègues de la capitale : « Nous ne comprenons pas pourquoi la mairie a réalisé ce projet sans nous en informer. Nous aurions pu unir nos compétences. »

Faut-il y voir un souffle novateur pour les brasseurs de la capitale, lesquels ont actuellement le vent en poupe (lire notre article dans Soixante-Quinze # 15) ? Pour Edward Jalat-Dehen, de la brasserie de l’Être, dans le 19e arrondissement de Paris, ce projet n’a pas été correctement mené. Sur place, il témoigne de la déception des brasseurs parisiens, mal informés par la mairie de Paris et les brasseurs de France. « Nous sommes en colère. Nous avons été mis au courant la veille de la moisson. Nous travaillons depuis longtemps afin de produire des bières 100 % parisiennes. Et quand la ville lance une initiative à ce sujet, nous en sommes écartés. Nous aurions pu mettre en place un partenariat, partager le brassage de la récolte, faire une fête, inviter les Parisiens. Là il n’y a personne. C’est triste. »

Moissonneuse

Les 2 tonnes d’orge récoltés seront transformés en malt d’ici octobre 2017. Mélangé au houblon, à l’eau et aux levures, le brassage permettra d’obtenir entre 4 000 et 5 000 litres de bière.

Face à cette frustration, le délégué général des brasseurs de France, Pascal Chèvremont, rappelle la nouveauté et l’aspect expérimental du projet : « C’est une première récolte d’orge, dont nous ne connaissons pas encore à 100 % la qualité. Elle sera contrôlée plus tard. C’est un risque pour les entreprises qui ne peuvent se permettre de rater un brassage à cause d’une récolte défectueuse. » Rendez-vous est pris pour l’année prochaine : si cette première expérience est concluante, la Ville de Paris et les brasseurs de France y associeront les brasseurs parisiens. La première Bière de Paris, quant à elle, devrait couler des fûts cet automne : une moitié reviendra à la Ville et sera dégustée lors d’évènements publics ; l’autre moitié reviendra aux brasseurs de France.

Pascal Chèvremont

Pascal Chèvremont, délégué général de l’Association des brasseurs de France, explique : « Nous ne sommes pas dans une logique commerciale. »

La rédaction de Soixante-Quinze est allé à la rencontre des brasseurs de la capitale, découvrez ces Parisiens qui brassent en bas de chez vous.

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Photos © Pierre Lentz

Par Pierre Lentz

1 Commentaire

  1. UR

    La Ville de Paris préfère un projet en association avec le syndicat des industriels de la bière (Brasseurs de France) plutôt que de s’allier les compétences des acteurs indépendants de la filière brassicole parisienne.
    On peut donc comprendre la déception et la colère de ces derniers.
    Local d’accord, mais avec les industriels !

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *