Quels sont les arguments des opposants aux JO ?

Quels sont les arguments des opposants aux JO ?

EN LIBRE ACCÈS – REPORTAGE – En marge des deux journées pour promouvoir la candidature de Paris aux jeux olympiques 2024 – vendredi 23 et samedi 24 juin 2017 – quelques opposants au projet parisien se sont réunis pour donner un peu de visibilité à leurs arguments. Qui sont-ils ?

Alors que la capitale s’est parée de ses plus beaux atours, Solange, Frédéric, et Marc, opposants aux JO 2024, semblent bien esseulés ce samedi 24 juin. C’est la deuxième des « journées olympiques », l’opération séduction de la ville de Paris pour convaincre le Comité international olympique (CIO) de lui faire confiance pour organiser l’évènement dans sept ans. Sous la tour Eiffel, les trois militants prennent la pause devant deux médias qui ont accepté de venir à leur rencontre. Une grande radio nationale devait se déplacer. En vain. Avec en fond la tour Montparnasse, sur laquelle apparaît le sigle choisi par Paris pour défendre sa candidature, il étendent dans l’indifférence générale un long drap noir tagué « Non au JO Paris 2024 ».

Une opposition divisée

Frédéric Viale est un proche d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières), il a organisé l’action du jour. Solange est professeure d’EPS dans le 20e arrondissement. Marc Perelman, lui, enseigne la philosophie à la fac de Nanterre. Tous trois appartiennent au collectif « Non aux JO 2024 à Paris », auteur d’une pétition électronique signée par 20 000 personnes. Alors qu’ils utilisent peu ou proue les mêmes arguments contre l’organisation des JO à Paris, les opposants n’ont pas réussi à se fédérer. Danielle Simonnet, conseillère de Paris (Front de gauche), a lancé sa propre pétition. Le sociologue Jean-Marie Bohm, de toutes les luttes contre le sport business, et son acolyte de la revue Quel sport?, Fabien Ollier, ne font plus partie du mouvement. Les deux hommes ont publié plusieurs lettres ouvertes dans les médias, paraphées par de nombreux universitaires et intelellectuels. « Contrairement à Jean-Marie Bohm, nous voulons un référendum », explique Marc Perelman pour justifier cette division. Il évoque aussi de « vieilles histoires » entre universitaires.

L'esplanade des Invalides a été transformée en terrain de sport géant pour les journées olympiques des 23 et 24 juin

L’esplanade des Invalides a été transformée en terrain de sport géant pour les journées olympiques des 23 et 24 juin

Côté politique, les opposants sont tout aussi esseulés. Les écologistes du conseil de Paris les soutiennent, mais pas au point de faire partie de la photo de famille. « La probabilité que Paris décroche les JO est très forte, nous réfléchissons donc à notre manière d’accompagner le projet de la manière la plus respectueuse possible pour les citoyens et l’environnement », justifie le conseiller de Paris, David Belliard (EELV). On est bien loin de Nolimpia, le mouvement anti-JO de Budapest, soutenu par 200 000 personnes et les partis de gauche et d’opposition hongrois.

L’argumentaire des anti-JO

Ils sont divisés mais pourtant, à quelques nuances prêt, les opposants au JO se basent sur les mêmes arguments. Tous regrettent le manque de transparence du CIO, dont les bénéfices seront exonérés d’impôts en France. Ils craignent une explosion du budget initial de 6,3 milliards d’euros, et les autres olympiades leurs donnent raison. Les organisateurs des JO de Londres, en 2012, tablaient sur un budget de 4,8 milliards d’euros pour un coût final de 10,9 milliards. Cette constante pourrait être remise en question à Paris, qui utilisera 95 % de sites existants.

L’opposition porte aussi l’estocade aux potentielles retombées économiques de la manifestation. Frédéric Viale rappelle que le droit du travail français ne s’appliquera pas dans le cadre de l’évènement, qui s’appuiera sur de nombreux bénévoles et travailleurs précaires. Globalement, les anti-JO pensent que l’argent public pourrait être mieux dépensé. « Mes revendications ne sont pas seulement anti-capitalistes, elles se basent aussi sur mon quotidien de prof de sport », explique Solange. « Dans le 20e arrondissement, nous n’avons que deux piscines, ce n’est pas assez pour tous les élèves. Les écoles et les gymnases sont parfois dans un état déplorable », regrette-t-elle. Il y a aussi l’argument sécuritaire et la crainte d’une restriction des libertés durant la compétition, au motif de la prévention d’attaques terroristes qui pourrait au passage contribuer au dépassement du budget prévu.

Tandis qu’une gymnaste se contorsionne avec grâce, suspendue à un rideau blanc du pont Alexandre III, portée par la musique de Vivaldi, Marc Perelman déclare avec cynisme : « Associer Vivaldi à un tel évènement, c’est une imposture. J’aurais préféré un bel orage olympique ». Alors que le ciel se découvre et que la fête bat son plein sur l’esplanade des Invalides transformée en terrain de sport géant, Frédéric Viale assure que les opposants aux JO n’ont pas dit leur dernier mot. « Le rideau va se déchirer, la mobilisation va s’amplifier », promet-il. Aux vues de l’état des troupes du jour, difficile d’imaginer un retournement de situation.

Photo de couverture : Louis Jeudi

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Par Louis Jeudi

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