Législatives : comme un goût de revanche dans la 18e circonscription

Législatives : comme un goût de revanche dans la 18e circonscription

ARTICLE EN LIBRE ACCÈS – La 18e circonscription de Paris est le théâtre d’une âpre bataille pour les élections législatives, dont le 1er tour se déroulera dimanche 11 juin 2017. L’ex-ministre du Travail, Myriam El Khomri, est la cible d’adversaires politiques qui veulent tous lui faire payer sa loi honnie.

Myriam El Khomri sirote un Coca sur la terrasse d’un café du 18e arrondissement de Paris. Elle n’est plus ministre du Travail : voilà quelques jours, le gouvernement de Bernard Cazeneuve a démissionné. Place au quinquennat d’Emmanuel Macron. L’auteure, début 2016, d’une loi travail assumée, mais contestée au quotidien par plusieurs millions de manifestants, n’est pas saturée par la vie politique : elle est candidate aux élections législatives des 11 et 18 juin dans la 18e circonscription de Paris (le cœur du 18e, de Montmartre à Clignancourt et un petit bout au nord du 9e). « Cette élection législative sera compliquée pour elle, avance Sophie, libraire sur les flancs de la butte Montmartre, qui vient de bavarder avec l’ex-ministre. J’étais contre sa loi. Mais je n’ai pas apprécié que l’on s’attaque à son domicile, à sa famille. »

« Je vais déménager, reprend Myriam El Khomri. Je comprends que ma loi soit remise en cause. Mais pas que l’on s’en prenne à mon mari, mes enfants. Ils ne font pas de politique. » Elle restera dans le 18e. Pas question pour la candidate de se défausser d’une carte électorale majeure : son implantation locale. Pour elle, sa véritable « proximité avec les habitants » crédibilise son programme. Reconnue par des écoliers quand elle passe devant un parc, sollicitée par des habitants pour des selfies, voire un autographe, Myriam El Khomri est chez elle dans cet arrondissement du nord de Paris. Insultes, invectives et anathèmes qui lui ont été lancés l’année dernière par ses opposants semblent loin. « C’est bien simple, les gens d’ici me parlent peu de la loi travail », affirme-t-elle. Myriam El Khomri la joue sereine. « Je me suis endurcie. En politique, prendre des coups, c’est aussi le job. »

Imbroglio politique local

Elle poursuit : « Je travaille dans le 18e depuis 2001, j’y vis depuis dix ans, mes deux filles sont scolarisées dans le quartier. » Débarquée de Bordeaux à la fin des années 1990 pour rallier la capitale et suivre des études de droit, cette native de Rabat, fille d’un père marocain et d’une mère bretonne, devient collaboratrice, en 2001, de Bertrand Delanoë, alors maire du 18e. Élue au conseil d’arrondissement en 2008, elle siège ensuite au conseil de Paris, spécialisée sur les questions de sécurité. Lors des municipales en 2014, la mairie d’arrondissement lui semble acquise. Mais, au terme d’un imbroglio politique local, le fauteuil reviendra au premier adjoint de Daniel Vaillant, Éric Lejoindre.

Au sommet de l’État, Emmanuel Macron semble avoir considéré avec bienveillance la candidature aux législatives de son ex-collègue, adhérente au PS depuis 2002. Au terme d’une période de « réflexion »« aucune tractation » affirme-t-elle – La République en marche, le parti du président de la République, n’a pas investi de candidat dans la 18e circonscription. « Pour deux raisons, justifie la prétendante. Bertrand Delanoë me soutient, comme il a soutenu Emmanuel Macron dans son accession au pouvoir. Ce dernier me prête donc une attention particulière. Par ailleurs, je me présente pour la première fois à la députation. » Si Myriam El Khomri se revendique toujours socialiste, la candidate n’a pas hésité à associer le président de la République à sa démarche : « Avec Emmanuel Macron, pour une majorité de progrès », est-il inscrit en haut de ses affiches de campagne. En outre, elle est officiellement soutenue par la ministre de la Culture du gouvernement Macron, Françoise Nyssen.

Les faveurs du chef de l’Etat

La récupération fait bondir Pierre-Yves Bournazel. À 39 ans, le patron du groupe Les Républicains au conseil d’arrondissement du 18e convoite à nouveau la circonscription (en 2012 le PS Christophe Caresche, qui avait pour suppléante Myriam El Khomri, l’a battu à plate couture). Chargé du dossier JO Paris 2024, le fringuant jeune homme rentre à peine d’une tournée des équipements sportifs français en compagnie des membre du Comité international olympique. Pour lui, aucun doute : « J’incarne le renouvellement, quand Myriam El Khomri représente l’échec du gouvernement Hollande. Édouard Philippe, le Premier ministre, est un ami, il me soutiendra. » D’ailleurs, le conseiller de Paris a publié sur son compte facebook, jeudi 8 juin 2017, une vidéo dans laquelle Edouard Philippe appelle à voter pour lui au premier tour des législatives.

Gauche et droite se disputant les faveurs du sommet de l’Etat : du jamais-vu dans cette terre de mission socialiste du nord de la capitale. Paul Vannier, 31 ans, candidat de la France insoumise, ironise : « PS et Les Républicains courent après la même investiture, c’est cocasse. Il faut être clair quand on s’adresse aux électeurs ». Il flingue Myriam El Khomri, « qui incarne le pire de la présidence de François Hollande », et affirme avec certitude qu’il retrouvera Pierre-Yves Bournazel au second tour des législatives (Jean-Luc Mélenchon a décroché la deuxième place après En marche ! au premier tour de la présidentielle dans la circonscription). Paul Vannier est convaincu de l’emporter : « Depuis des années, Bournazel est candidat à tout mais n’est jamais élu. »

Champ de bataille électoral

C’est oublier un peu rapidement une quatrième candidate, qui entend bien elle aussi tirer son épingle du jeu. Il s’agit de Caroline de Haas, soutenue par Europe Écologie les Verts (EELV) et les communistes. Celle qui fut à l’initiative de la pétition contre la loi travail (plus d’un million de signatures), n’en fait pas mystère : « Pour les Verts et le PC, je suis la mieux placée pour empêcher Myriam El Khomri d’enlever la circonscription ». La gauche de la gauche veut prendre sa revanche sur le quinquennat Hollande. La 18e circonscription pourrait se transformer en champ de bataille électoral. Qui va tomber ?

Légende photo : Myriam El Khomri en campagne dans le 18e arrondissement de Paris.

Photographie Mathieu Génon

Lire la suite dans Soixante-Quinze n°14, en vente en kiosque.

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Philippe Bordier

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *