Quartier Dupleix (15e) : « Moi c’était blanc ou Le Pen »

Quartier Dupleix (15e) : « Moi c’était blanc ou Le Pen »

EN LIBRE ACCÈS – REPORTAGE – Avec 89,68 % des voix, Emmanuel Macron a remporté le deuxième tour par K.O à Paris. Marine Le Pen a réussi à dépasser 20% dans certains bureaux de vote des quartiers populaires qui bordent les Maréchaux. Mais elle a aussi fait des émules dans certains quartiers aisés. Reportage dans le quartier Dupleix (15e) où vit Frigide Barjot, l’icône médiatique de la Manif pour tous.

Des cris d’enfants s’élèvent du square Dupleix, dans le 15e arrondissement de Paris. Il est 16h30, c’est la sortie de l’école. Sur les bancs, des dizaines de nounous discutent entre elles dans leur langue maternelle. Une main sur leur poussette où dort souvent un bébé, elles surveillent les plus âgés qui s’amusent avec leurs congénères en culotte courte. L’ombre de l’église Saint-Léon, où la figure de proue de la Manif pour tous, Frigide Barjot, à l’habitude de venir à la messe, plane sur le square. Ces deux dernières semaines, les habitants de ce quartier aisé sont venus voter au complexe scolaire Amette, accolé à l’église qui occupe la place du même nom. Les bureaux de vote 17, 18, 19, 20, 21 et 22 du 15e arrondissement y étaient concentrés. Le 23 avril, François Fillon était arrivé en tête dans chaque bureau de manière assez nette. Au deuxième tour dimanche 7 mai, Marine Le Pen a dépassé sa moyenne parisienne. Dans le 17e bureau, elle a même obtenu 23,37% des voix.

 

« Ça me fait de la peine », réagit Camille en apprenant ces chiffres. Cette femme de 45 ans à l’accent très BCBG vit dans le quartier depuis toujours. Elle attend sa fille qui sort du catéchisme, enseigné tous les mardis à la paroisse Saint-Léon. « J’ai des amis qui étaient tristes d’apprendre que certains de leurs proches allaient voter pour le Front National », raconte-t-elle derrière ses grandes lunettes de soleil. Elle n’est pas étonnée par le bon score de Marine Le Pen. Son explication : la présence importante de militaires, « cathos et tradis », dans les environs. Jules, Aymeric, Edouard et Charles-Edouard profitent du soleil qui tape sur les marches de l’église. Ces jeunes pensionnaires du foyer paroissial Saint-Léon ont le même discours qu’Anne. « Il y a un immeuble plein de ‘miloufs’ à côté », explique l’un d’eux en désignant un immeuble protégé par de hautes grilles.

La paroisse Saint-Léon, fief de Frigide Barjot

Ce côté catholique traditionnel, Anne le revendique. « Moi c’était blanc ou Le Pen », confie-t-elle. « Dans le quartier, nous sommes nombreux à être soucieux du respect de la famille et de la filiation », explique cette femme de 44 ans, qui attend comme Camille que son fils termine le cathéchisme. Impliquée dans la Manif pour tous, proche du mouvement pro-Fillon Sens Commun, elle se dit effrayée par Emmanuel Macron, favorable à la procréation médicalement assistée (PMA) et à l’inscription à l’État civil des enfants issus d’une gestation pour autrui (GPA) menée à l’étranger. Pour Christiane, 76 ans dont autant passés dans le quartier, le vote Front National s’explique aussi par la présence de nombreuses personnes âgées. Cette fervente catholique, filloniste assumée, a quelques amis qui ont franchi le pas du vote frontiste. « C’est à cause de l’insécurité et de la saleté », affirme-t-elle en avançant sur un trottoir impeccable, tandis que les enfants de bonne famille tirés à quatre épingles batifolent dans le square.

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Par Louis Jeudi

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