Sì a l’Italia

Sì a l’Italia

L’EXPO # 13 – Passionnante traversée d’un siècle de présence transalpine en France, l’exposition Ciao Italia ! dresse les contours d’une immigration avec ses moments de crise et d’heureux mélanges.

Le Palais de la Porte Dorée propose pour son dixième anniversaire un pas de côté. Un parcours qui rend compte de l’intrégration des Italiens en France, de 1860 à 1960. Dès la première salle
de l’exposition montée par les commissaires Dominique Païni, Isabelle Renard et Stéphane Mourlane, nous sommes plongés dans un décor composite. Réalisée à partir de huit scooters Vespa démotorisés et enchaînés les uns autres, l’œuvre Vacanze Romane de Moataz Nasr sert en effet de carrefour à une chronologie ponctuée par des objets divers. Soit l’huile sur toile Gli emigranti (1896) d’Angiolo Tommasi montrant des Italiens sur le point de quitter leur pays, un buste de Mussolini sculpté par Adolfo Wildt et troué à la joue par un jet de pierres après la chute du régime fasciste, ou encore un extrait de Toni, réalisé par Jean Renoir en 1935.

La suite est à l’avenant. Tantôt légère, comme La Dolce Vita de Fellini, devenu symbole d’un italianisme tout en farniente et en séduction, tantôt tragique. Quelques coupures de presse nous rappellent en effet que la fraternité franco‐italienne n’est qu’une construction récente. Qu’en 1881, les Vêpres marseillaises dirigées contre les Italiens font trois morts et de nombreux blessés dans la ville phocéenne. Et qu’en 1893 à Aigues‐ Mortes, les ouvriers italiens sont victimes d’un violent massacre. Foisonnante, largement colorée et sonorisée, la scénographie de Ciao Italia ! porte le récit d’un siècle d’échanges dans
des domaines variés. Sans jamais tomber dans le stéréotype.


De nombreuses archives familiales illustrent les influences italiennes dans l’agriculture, dans l’industrie et le bâtiment, mais aussi dans l’art. On parcourt deux lettres d’Adèle Abruzzesi, un des modèles préférés de Rodin. On admire une série de tableaux du groupe des Italiens à Paris, et on se réjouit devant un costume et une trompette des Fratellini. Commandées pour l’occasion par le Musée national de l’histoire de l’immigration, des œuvres de la peintre vénitienne Giulia Andreani rythment avec bonheur cette belle traversée dans un passé encore très présent.

Photographie : Famille napolitaine à Paris, boulevard Saint‐Germain (6e), en 1880. © Galerie Lumière des Roses

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Par Anaïs Heluin

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