Amour et caravane

Amour et caravane

LA PIÈCE # 13 – Malgré les vents contraires, les Romanès n’ont perdu ni leur humour ni leur poésie. La preuve dans leur nouveau spectacle, fête colorée au rythme d’un orchestre de Transylvanie.

Chez les Romanès, il n’y a que les chapiteaux qui se démontent. Les hommes et les femmes, eux, restent droits sur leur fil, leur trapèze ou leur mât chinois. Le tout en dansant, comme pour se réjouir. De leur équilibre envers et contre tout. De l’amour aussi, sujet de leur nouveau spectacle, Si tu ne m’aimes plus, je saute de la fenêtre de la caravane. Un titre à rallonge qui n’est pas une coquetterie, mais une réponse à la violence subie par la troupe en 2016, suite à leur installation près de la porte Maillot (16e).

De retour dans la capitale depuis début avril, Alexandre Romanès, sa femme Délia, leurs cinq filles et une dizaine d’autres artistes composent une ôde enjouée à la tolérance. Les femmes sont à l’honneur. Sur les sons allègres de l’orchestre venu de Transylvanie – « la région de Dracula », selon l’expression de Délia rapportée par Alexandre Romanès dans Un peuple de promeneurs (éd. Gallimard, 2011) –, ce sont elles qui ouvrent la piste et la referment. Sur leurs jupes bariolées, on lit tout l’imaginaire voyageur des Tsiganes. Rose, la plus jeune des filles de la famille, est au centre du spectacle. Au tissu aérien, au hula hoop ou avec une spirale de feu dans chaque main, elle irradie. On comprend pourquoi, lorsqu’il avait 8 ans, le fils du patron a dit à son père, « Papa, ce serait joli s’il n’y avait que des femmes ».

Si Alexandre aime les mots autant que les arts de la piste, son cirque ne s’embarrasse pas de récits. Les Romanès n’ont qu’à enchaîner leurs numéros avec leur énergie habituelle pour dire l’amour que suggère le titre. L’attachement à une culture en danger qu’ils défendent aussi à travers leur Centre artistique tsigane et gitan Tchiriclif, fondé en 2013, grâce auquel ils inviteront sous leur chapiteau d’autres artistes de leur grande et belle famille les 12, 13 et 19 mai. Les Romanès tiennent bon. Espérons que ce soit pour longtemps.

Photographie : DR

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Par Anaïs Heluin

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