« Macron a conquis les bobos parisiens »

« Macron a conquis les bobos parisiens »

ARTICLE INÉDIT EN LIBRE ACCÈS – Pour les sociologues spécialistes de Paris, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, la victoire écrasante d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle dans la capitale est symptomatique de la gentrification des quartiers populaires de l’Est parisien.

« C’est le grand chelem à droite dans tous les arrondissements ! » Pour Monique Pinçon-Charlot, co-auteur avec son époux Michel d’une Sociologie de Paris (éditions La Découverte) réactualisée en 2014, il n’y a aucun doute sur le fait qu’Emmanuel Macron soit un faux-nez de la droite. En tout cas, au premier tour de l’élection présidentielle, ils notent que « sa candidature a cristallisé » à Paris, à la fois dans les quartiers aisés et dans les quartiers plus modestes. Pour preuve, il a obtenu 35% des voix. C’est 10% de plus que sa performance nationale. Dans les 18e, 19e et 20e arrondissements – traditionnellement à gauche – l’ex-ministre de l’Economie a fait jeu égal avec le candidat qui s’adressait aux plus modestes, Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la France Insoumise s’est incliné assez largement dans le 18e arrondissement et a devancé son adversaire in extremis dans les 19e et 20e arrondissements.

« L’irruption de Macron est logique »

Pour les sociologues, la « gentrification avancée » de ces quartiers explique ce chamboulement dans l’Est et le Nord-Est Parisien. « Les bobos avaient une offre plus diversifiée avec la candidature d’Emmanuel Macron, ils ont cru voter à gauche en le choisissant », estiment-ils. Dans les 10e, 11e, 12e et 13e arrondissements, plus aisés mais au tropisme encore populaire, les 10 points d’avance de Macron sur Mélenchon rendent encore plus implacable la conquête macroniste des bobos. Dans les beaux quartiers, François Fillon l’emporte haut la main. Il obtient 59% dans l’emblématique 16e arrondissement, loin devant Macron, qui fait mieux que limiter la casse en remportant 27% des suffrages. L’ex ministre de François Hollande confirme sa capacité à séduire dans tous les arrondissements.

Retrouvez les résultats du premier tour de l’élection présidentielle à Paris, arrondissement par arrondissement

Les candidats en tête dans chaque arrondissement

Les candidats en tête dans chaque arrondissement

« Paris a perdu les trois quarts de ses emplois industriels, les employés n’habitent plus Paris » constatent les sociologues. La victoire haut la main d’Emmanuel Macron est une nouvelle étape de l’inexorable embourgeoisement de la capitale. « Le vote des parisiens change en fonction des enjeux. Aux municipales, une gauche écolo et favorable à la mixité sociale leur convient. Pour un scrutin national, les bobos font plutôt le choix du libéralisme économique », expliquent les Pinçon-Charlot. Les 66 % du « oui » de Paris au référendum de 2005 en faveur d’une Europe plus libérale, alors que la France disait « non » à 55 %, s’inscrit pour eux dans le même schéma électoral.

La gauche de l’Est parisien encore vivante

Jean-Luc Mélenchon a égalé son score national à Paris, et le socialiste Benoît Hamon a obtenu près de 4 points de plus qu’au niveau national avec 10,18%. Les deux candidats ont fait leurs meilleurs scores dans les arrondissement de l’Est de la ville, confirmant une tendance lourde. « Quelle que soit la nature des consultations et leurs circonstances immédiates, malgré la succession des générations et les profondes mutations démographiques de la capitale, l’opposition Est-Ouest est constante depuis un siècle », écrivent les Pinçon-Charlot dans Sociologie de Paris. Cette spécificité parisienne, au même titre que la présence des ultra-riches à l’ouest et au nord-ouest, n’est pas effacée malgré l’écrasante victoire d’Emmanuel Macron. Mais cette élection le confirme, alors que le Paris des plus aisés se porte de mieux en mieux, le Paris populaire est en voie d’extinction.

 

Photo Michele Limina

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Par Louis Jeudi

1 Commentaire

  1. Vincent

    > « Paris a perdu les trois quarts de ses emplois industriels, les employés n’habitent plus Paris » constatent les sociologues.

    Normal : j’ai appris récemment qu’une loi d’il y a x décennies (années 70?) a interdit les entreprises industrielles à moins de 80km de Paris.

    Quelqu’un peut-il confirmer/infirmer?

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