Au Valois, la cantine de Rothschild et Cie la joue discrète

Au Valois, la cantine de Rothschild et Cie la joue discrète

ARTICLE INÉDIT EN LIBRE ACCÈS – Juste en face du parc Monceau, dans le cossu 8e arrondissement de Paris, la discrète brasserie Valois passe inaperçue. C’est pourtant là que les banquiers de Rothschild et Cie viennent en voisins conclure leurs affaires. Ils comptent sur l’extrême discrétion du personnel car ici, des contrats d’envergure internationale sont signés.

« Il cache un secret », écrit le célèbre critique gastronomique Gilles Pudlowski à propos du Valois. Pourtant cette brasserie de l’avenue de Messine, dans le 8e arrondissement de Paris, n’a rien de particulier au premier regard. Face au parc Monceau, chic et discrète, elle arbore une baie vitrée à l’armature métallique noire, comme le veut la tendance dans la capitale. La lumière tamisée à l’intérieur jette un voile de pénombre qu’on a envie de percer. Pour comprendre le secret du Valois, il faut se concentrer sur le ballet d’hommes et de femmes qui vont et viennent à la pause déjeuner. Tous sont vêtus de la même manière. Ils portent des vêtements de prix aux tons sombres et des chaussures de belle facture : le Valois est la cantine de la banque d’affaires Rothschild et Cie, située dans l’immeuble voisin. Certains clients s’y font déposer par leur chauffeur personnel. Le va-et-vient des berlines luxueuses participe d’un sentiment d’opulence unique dans le milieu du business parisien.

Un jeune homme d’une vingtaine d’années sort du restaurant. La pause déjeuner terminée, il retourne au travail, marchant d’un pas peu assuré. Il n’a pas encore l’expérience qui permet à ses aînés de porter leur costume comme une seconde peau. Une vision qui rappelle quelques souvenirs à Thomas *, qui a fait ses armes à la banque Rothschild et Cie avant de voguer vers d’autres horizons financiers. Il sait ce qui se joue à l’ombre des cloisons de bois sombre qui séparent les tables, à l’intérieur de la brasserie. « Des personnalités importantes du monde de la banque et de l’entreprise y organisent leurs rendez-vous », explique-t-il. Ce sont, entre autres, les associés-gérant de Rothschild et Cie, qui gèrent les fonds d’investissement contrôlés par la banque d’affaires. Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, a exercé entre 2008 à 2012 cette profession très lucrative dans la même maison, avec la réussite que l’on sait.

Le Valois et la banque Rothschild et Cie, voisins depuis 1983

Au Valois, des accords financiers d’envergure internationale sont signés. D’où la nécessité pour le gérant de l’établissement de s’assurer que les serveurs ne laissent pas trop traîner leurs oreilles. « C’est l’endroit où peuvent se conclure des contrats, quand tout le travail a été fait en amont dans les bureaux, parfois après des mois de négociations. Au moment où tout est terminé, où toutes les questions techniques sont réglées, les différentes parties se retrouvent autour d’un bon plat pour sceller leur accord », raconte Thomas. Lorsqu’ils atteignent leur objectif, les associés-gérants empochent une belle commission. Les plus prolifiques gagnent ainsi 1,5 à 2 millions d’euros par an. La séduction est l’une des qualité maîtresses du banquier d’affaires, expliquait il y a peu aux journalistes de France 3 l’associé-gérant le plus influent de Rotschild et Cie, François Henrot. Un repas de qualité accompagné d’une bouteille de vin bien choisie font partie du processus de conviction.

Vincent a travaillé au Valois il y a deux ans. Il servait aux heures du déjeuner, quand la brasserie est en ébullition. « Je savais très bien, de par la régularité de certains clients et de l’accueil qu’on pouvait leur faire, qu’ils occupaient des fonctions importantes dans des affaires d’argent », décrit ce jeune homme du Xe arrondissement. « Ce sont des gens très occupés, qui font peu attention au personnel », dit-il avec un regard malicieux. La discrétion et la confidentialité règnent autour des tables du Valois. « On attend du personnel d’un tel établissement qu’il n’écoute rien, qu’il soit complètement étanche à ce qu’il peut entendre des discussions qui ont lieu lorsqu’il sert », assène Thomas. « Moins on parle de ce qui se passe ici, mieux on se porte », confirme un serveur actuel.

* Les prénoms ont été modifiés

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Louis Jeudi

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *