Panique à bicyclette

Panique à bicyclette

ARTICLE INÉDIT EN LIBRE ACCÈS – Représentant 5% des trajets effectués chaque jour, le vélo est loin de faire l’unanimité à Paris. Pour certains, se lancer à bicyclette dans les rues de la capitale relève presque de l’inconscience.

Les heures de pointe à vélo sur la place de la Bastille, très peu pour elle. Charlotte, 25 ans, s’y sent « comme une fourmi dans un troupeau d’antilopes. » Et de filer la métaphore animale pour évoquer sa peur des moteurs qui vrombissent : « A vélo dans Paris, je suis tout en bas de la chaîne alimentaire. » Alors cette Parisienne pur jus du XIe arrondissement se met en selle seulement quand il fait nuit, ou pour des trajets qu’elle connaît par coeur.

Lydia a quitté Rennes l’an dernier pour poursuivre ses études à Paris. Pas froussarde pour deux sous en Bretagne, elle trouve qu’à Paris « les conducteurs sont fous, inattentifs et agressifs ». Elle a dû changer ses habitudes de pilotage. « Je suis beaucoup plus attentive sur la route, il ne faut jamais relâcher l’attention » explique-t-elle. Malgré ce changement d’attitude, elle a eu un accident l’année dernière. « Je me suis prise la portière d’un type de plein fouet, il ne m’avait pas vu venir. » Lydia, en revanche, a senti passer sa fracture de l’humérus et un mois d’immobilisation du bras. Elle a repris le vélo mais convient que ce genre d’incident n’invite pas vraiment à la confiance.

Un moyen de transport sûr malgré les accidents 

Sur l’année 2013, la base de données de la mairie recensait 340 accidents légers, 31 graves et un mort à vélo. Une goutte d’eau par rapport aux camionnettes et motos, à l’origine des 80% des accidents. Si le vélo n’est pas un mode de transport particulièrement dangereux, 17 cyclistes ont été tués sur la période 2010-2016, preuve qu’il faut rester vigilant. L’association Mieux se déplacer à bicyclette (MDB) délivre sur son site internet les conseils essentiels pour circuler en sécurité. Elle préconise un matériel de qualité, surtout pour le freinage, et un comportement adapté à la circulation parisienne.

Laura, étudiante, n’arrive pas à comprendre ses amis cyclistes : « Je les trouve dingues de faire du vélo dans Paris. Les voitures qui vont vite, donnent des coups de frein ou d’accélérateur, ça m’effraie », confie-t-elle. « Il y tellement d’informations à prendre en même temps, entre la signalisation et le trafic… », insiste Laura. Pour limiter cette incertitude, MDB invite à toujours indiquer avec son bras les changements de direction, à bien rouler le long des trottoirs et utiliser en permanence la sonnette pour se faire entendre des piétons. Rester à distance raisonnable des bus et des camions est primordial, car le champ vision des conducteurs est réduit par rapport aux voitures. Et quand la chute ne peut être évitée, porter un casque permet selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de diminuer la gravité des blessures de plus 70% et la probabilité d’un décès de près 40%.

Des cours pour dompter l’asphalte à vélo

Pour les plus effrayés à l’idée de sillonner Paris à vélo, il existe des cours. Ahmed s’est inscrit pour 10 séances auprès de l’Animation Insertion Culture Vélo (AICV), une association qui propose des cours, des balades dans Paris et des ateliers de réparation. « Je veux que le vélo devienne mon moyen de transport permanent sur les petits trajets » explique ce biologiste de 32 ans qui vit dans le XIXe. Aujourd’hui il s’est greffé à un petit groupe guidé par Georges Lafond, bénévole de l’AICV. Pour la première fois, il va circuler dans Paris au milieu de la circulation et appréhende un peu. « J’ai peur de ralentir le groupe » dit-il en souriant timidement.

Joël Sick, président de l’AICV, souhaite que le vélo devienne un moyen de transport plus fréquent dans la capitale. « J’explique aux gens qui angoissent à l’idée de se lancer que faire du vélo n’est pas dangereux à Paris. Vous savez, sur la place de la Nation qui est impressionnante, il n’y jamais eu le moindre accident » pointe-t-il. Une invitation à dédiaboliser le vélo qui convaincra peut-être la fourmi Charlotte de s’élancer aux heures de pointe dans la cohue des antilopes motorisées de Bastille.

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Par Louis Jeudi

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