Sauvé des flammes, l’Elysée-Montmartre a retrouvé son rang

Sauvé des flammes, l’Elysée-Montmartre a retrouvé son rang

ARTICLE EN LIBRE ACCES – Six mois après un nouveau départ, l’Elysée-Montmartre, mythique salle de concert du 18e arrondissement de Paris totalement détruite par un incendie en 2011, a repris son rythme de croisière : les concerts s’y succèdent régulièrement, le public s’y presse dans un espace entièrement rénové. Rencontre avec Julien Labrousse, l’un des artisans de cette renaissance.

Le 22 mars 2011, l’Elysée-Montmartre brûle entièrement : un court-circuit matinal met un terme à des décennies d’activités nocturnes dans ce coin du 18e arrondissement de Paris. L’une des plus emblématiques salles de concerts de la capitale, inaugurée en 1807 au 72, boulevard de Rochechouart, semble irrémédiablement détruite. Une page d’histoire se tourne : l’Elysée, comme disent les habitués, fut le berceau du french cancan. Des bals endiablés comme des matchs de boxe y furent organisés. Et quand les flammes s’en emparent, elle est depuis plus de vingt ans l’une des places fortes de la musique live à Paris. Le public s’y presse pour assister à des concerts rock, pop, rap ou reggae. Devant le désastre, les fans de musique en sont convaincus : la belle époque est révolue. Pourtant, le 15 septembre 2016, un Elysée-Montmartre flambant neuf s’offre un nouveau départ.

Julien Labrousse, 39 ans, a racheté L'Elysée-Montmartre en 2014, avec son pote d'enfance Able Nahmias. « Il ne restait rien, dit-il, seulement des cendres. »

Julien Labrousse, 39 ans, a racheté l’Elysée-Montmartre en 2014, avec son pote d’enfance Abel Nahmias. « Il ne restait rien, dit-il, seulement des cendres. »

Julien Labrousse, 39 ans, ex-producteur de musique et architecte, et Abel Nahmias, 47 ans, producteur de films, sont aux manettes de l’établissement. En 2014, ces deux Parisiens, amis de longue date, rachètent la salle. « Il ne restait rien, seulement des cendres », se souvient le premier nommé. Près de dix millions d’euros sont injectés dans l’opération reconstruction. A l’époque, l’affaire est convoitée. « De grands groupes financiers achètent les salles de spectacle parisiennes à tour de bras (Le Casino de Paris, Les Folies Bergères…), explique Julien Labrousse. Contrairement à ce que l’on peut penser, le spectacle est un business économiquement stable. Surtout, l’Elysée-Montmartre est situé dans l’un des quartiers les plus fréquentés de Paris : 12,5 millions de touristes par an, cela ne laisse personne indifférent. »

Un espace détente a été aménage en haut du nouvel escalier qui conduit à la salle de concert.

Un espace détente a été aménagé en haut du nouvel escalier qui conduit à la salle de concert.

Le duo possède le savoir-faire : en 2009, les deux complices ont racheté Le Trianon, la salle de concert mitoyenne de l’Elysée Montmartre. « Pas simple, résume Labrousse, déjà acquéreur quatre ans plus tôt de L’Hôtel du Nord, au bord du canal Saint-Martin, dans le 10e arrondissement. Abel et moi avons essuyé une vingtaine de refus bancaires. Personne ne voulait nous aider à financer l’opération. Pour L’Elysée-Montmartre, l’accord est intervenu de suite. Notre bonne gestion du Trianon (multiplication du chiffres d’affaires par deux) a rassuré nos partenaires. » Labrousse suit les travaux, Nahmias assure la gestion : l’objectif est de renouer avec l’architecture glorieuse de l’Elysée-Montmartre, celle de la fin de XIXe siècle. « Entre-temps son organisation avait évolué n’importe comment. Cette salle était construite de bric et de broc. »

La charpente métallique ressemble à s’y méprendre à celle créée par Gustave Eiffel à l’origine. Or, elle est neuve.

La charpente métallique ressemble à s’y méprendre à celle créée par Gustave Eiffel à l’origine. Or, elle est neuve.

Au premier regard, passé le grand escalier d’entrée moins casse-gueule que le précédent, rien n’a changé. Le parquet verni craque sous les pas. La scène, escamotable dans sa nouvelle configuration, est toujours à gauche. Sur la droite, le bar du fond offre encore une vue plongeante sur la salle. La charpente métallique ressemble à s’y méprendre à celle créée par Gustave Eiffel à l’origine. Or, elle est neuve. Seule la façade, protégée par son inscription à l’inventaire des monuments historiques et épargnée par le feu, a été rénovée à l’identique. Les loges jadis attenantes à la salle, déglinguées mais tellement rock’n’roll, ont disparu au profit d’espaces consacrés à l’évacuation du public, nouvelles normes de sécurité oblige après le massacre du Bataclan. Vaste et confortable, l’endroit où les musiciens patientent et se reposent est désormais situé entre l’Elysée et Le Trianon.

De nouvelles loges ont remplacé celles déglinguées mais tellement rock'n'roll de L'Elysée Montmartre ancienne version.

De nouvelles loges ont remplacé celles déglinguées mais tellement rock’n’roll de l’Elysée-Montmartre ancienne version.

La couleur musicale dominante à l’Elysée-Montmartre demeure : rock, rap, électro, y sont principalement programmés. Côté Trianon, la priorité est donnée à la variété française et au jazz. « Rien de figé, affirme Julien Labrousse. Les artistes choisissent dans quelle salle ils veulent se produire. Traditionnellement, les étrangers préfèrent l’Elysée-Montmartre, mais nous jouons la complémentarité entre les deux espaces. Lesquels possèdent une jauge quasi identique : 1500 personnes pour Le Trianon, 1700 pour l’Elysée. » Une certitude, le fameux Bal de l’Elysée ne reprendra pas : « La nuit n’est pas mon métier, on y manque de contrôle. » Labrousse est satisfait : « Depuis l’ouverture, le public est au rendez-vous, les musiciens sont contents. L’Elysée a bonne réputation, notamment grâce à son excellente acoustique, totalement revue. » Et il poursuit : « Les gens sortent à Paris, le spectacle vivant fonctionne. » Et c’est encore mieux depuis que l’Elysée-Montmartre a retrouvé la flamme.

Le site Internet de l’Elysée-Montmartre en suivant ce lien.

Photos © Louis Camelin

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Philippe Bordier

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *