Vendée Globe,  Stéphane Le Diraison raconte sa fortune de mer

Vendée Globe, Stéphane Le Diraison raconte sa fortune de mer

ARTICLE EN LIBRE ACCES – Contraint à l’abandon après avoir démâté dans l’océan Indien lors de son premier Vendée Globe, Stéphane Le Diraison, marin breton installé avec sa famille à Boulogne-Billancourt, dont nous avions dressé le portrait dans Soixante-Quinze # 7, raconte son incroyable aventure et assure qu’il reprendra bientôt la mer.

Il devrait naviguer au large des côtes brésiliennes, probablement entre les 7e et 10e places. Se tirer la bourre avec les dix-huit marins de ce 8e Vendée Globe encore en course. Assister de loin, de très loin même, au triomphe d’Armel Le Cléac’h ou d’Alex Thomson, lesquels devraient couper la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne, jeudi 19 janvier 2017. Au lieu de quoi, Stéphane Le Diraison est assis dans une petite pièce attenante à la salle de réunion de son service communication situé à Boulogne-Billancourt, en région parisienne. Il porte les couleurs de ses principaux sponsors : La Compagnie du lit et la ville de Boulogne. Son regard, triste et las en début de conversation, s’illumine au fil du récit de son abandon, le 17 décembre 2016.

« C’était la nuit, raconte-t-il, j’étais dans la cabine. J’ai soudain entendu une énorme détonation. J’ai pensé à une avarie à l’arrière. Je me suis équipé et je suis sorti. Je me suis retourné. Le mât avait disparu, une poulie s’était brisée. » Stéphane Le Diraison et son bateau La Compagnie du lit, ville de Boulogne, sont alors positionnés au sud de la Tasmanie. Jusque-là, le marin parisien réalise une bonne course, il est à la dixième place. Il sort de l’océan indien pour attaquer le Pacifique. Depuis le départ de son premier Vendée Globe, Le Diraison est satisfait : « Le bateau marche bien, l’étrave pointe dans la bonne direction ». Il a parcouru la moitié du trajet : « J’étais en train de basculer sur le mode : je rentre à la maison. »

Il faut agir vite. Sous ces latitudes, le danger est permanent. Le vent du nord est puissant, il pousse le bateau vers les icebergs plus au sud, au large de l’Antarctique. « Mon cerveau m’envoie un seul signal, très fort : danger ! J’évalue très rapidement les dégâts. Je retourne dans la cabine enfiler des vêtements secs et ma combinaison de survie. Je préviens ensuite le PC course. Là-bas, ils vont voir sur leurs écrans que le bateau s’est arrêté. Je rassure mes proches, leur dis que je maîtrise la situation, ce qui n’était pas le cas. Mais je ne dois pas m’effondrer. Je débranche la partie émotionnelle de mon cerveau pour connecter sa partie organisationnelle. J’analyse et je passe à l’action. »

Des vagues de six mètres de haut déferlent sur le voilier. Stéphane Le Diraison va lutter pendant vingt-quatre heures avant d’être en sécurité. Il tente d’abord de récupérer le gréement (ensemble de la voilure et des cordages) qui pend dans l’eau. « Je ne pouvais pas me résoudre à l’abandonner. Cet équipement vaut 400 000 euros ». Mais ses efforts sont vains. Il aurait fallu quinze hommes, dit-il, pour hisser ces éléments de propulsions sur le bateau qui, à l’image d’une ancre marine, l’entraînent par le fond. Alors il se résout à couper les cordes. « C’était le prix de ma survie. » A l’aide de la bôme (petit mat horizontal sur lequel est fixé le bas de la voile) et après avoir découpé « à regret » sa grand voile, Stéphane Le Diraison parvient à fabriquer un gréement de fortune.

"Pour sauver ma peau, j'ai développé des ressources physiques et mentales que je ne soupçonnais pas."

« Pour sauver ma peau, j’ai développé des ressources physiques et mentales que je ne soupçonnais pas. »

« Je n’ai jamais pensé abandonner un bateau pour lequel je me suis endetté. Pour le sauver, j’ai mobilisé des capacités physiques que je ne soupçonnais pas et le coaching mental d’avant course m’a été particulièrement utile. » L’abandon de cette compétition, considérée comme l’Himalaya de la course au large, entériné, Le Diraison fait route vers Melbourne, en Australie, qu’il mettra treize jours à atteindre. Pour ne pas ruminer sa fortune de mer, le compétiteur se lance des défis : il tente jour après jour de battre des « records » de vitesse avec son navire blessé. Son Vendée Globe n’est pas terminé, le démâtage fait partie de la course. Le Diraison a réalisé l’un de ses rêves : goûter au plaisir de longs surfs sur des vagues hostiles, « sous un ciel gris, bas et inquiétant, battu par les grains. Un décor grandiose ».

A Paris depuis trois jours, Stéphane Le Diraison a retrouvé sa famille. Ses sponsors l’ont rassuré. Il fait la tournée des télés. Il doit maintenant rapatrier son bateau par cargo depuis Melbourne : 80 000 euros, somme qui aurait dû servir au remboursement de l’emprunt contracté pour financer son périple. Il va devoir reprendre la mer, participer à de nouvelles courses, en gagner, cette fois : la Jacques Vabre en 2017, la Route du Rhum en 2018 et, « très probablement », le Vendée Globe en 2020. Car il n’est pas près d’oublier « ces instants de félicité au large du Cap vert, là où il fait beau et chaud, quand on peut s’allonger sur le pont pour regarder les étoiles ou les poissons volants. » Mais avant de reprendre la mer, c’est en spectateur qu’il assistera à l’arrivée du Vendée Globe, le 19 janvier 2017.

Photos © Louis Camelin

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Par Philippe Bordier

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