Les zinzins du zinc

Les zinzins du zinc

EN KIOSQUE # 7 – Sur les toits de Paris, les freerunners courent aussi vite que possible tout en exécutant des figures entre danse et acrobatie. Embarquement immédiat pour une balade aérienne au-dessus de la ville.

Les nuages sont menaçants, quelques gouttes de pluie tentent de gâcher le spectacle. Mais ça ne marche pas. Le panorama est époustouflant. À perte de vue, les toits parisiens en zinc, par centaines, par milliers. On distingue dans le ciel vaporeux la tour Eiffel, l’Arc de triomphe, le dôme des Invalides, le Centre Pompidou. Dans notre dos, le Sacré-Cœur, comme un phare qui veille sur la ville. La capitale est à nos pieds. Un sentiment de toute-puissance que la réalité rattrape rapidement. L’agitation de la rue, juste sous nos yeux mais dont on n’entend presque pas le brouhaha, rappelle que nous sommes perchés au sommet d’un immeuble haussmannien de six étages.

Les toits de ce pâté de maisons entre Pigalle et les Abbesses, dans le 18e arrondissement de Paris, c’est le terrain de jeu favori de Simon Nogueira, 23 ans ; son bureau, son lieu d’inspiration et de repérage ; et même quelquefois sa chambre, quand il décide d’y installer son hamac les nuits d’été. De Paris, le jeune homme connaît mieux les toits que les trottoirs. « Je m’y sens plus en sécu­rité, détaché de la vie d’en bas, qui est si condensée, si étriquée. En bas, je côtoie des milliers d’inconnus dont je ne connais pas les intentions. Ici, j’existe davantage, mon univers est plus vaste, mon imaginaire peut aller plus loin. »

Lorsqu'il monte en toiture, Simon Nogueira a toujours sur lui sa carte d'identité, des tickets de métro, sa carte bancaire, des pansements et son appareil photo.

Lorsqu’il monte en toiture, Simon Nogueira a toujours sur lui sa carte d’identité, des tickets de métro, sa carte bancaire, des pansements et son appareil photo.

« Ni athlète, ni artiste », Simon est un freerunner – ou traceur –, l’un des meilleurs adeptes français de cette discipline qui s’appa- rente au parkour (« art du déplacement ») rendu célèbre en 2001 par le film Yamakasi d’Ariel Zeitoun. Une pratique sœur, mais pas jumelle. « Dans le parkour, on essaie d’être efficace, d’aller au plus vite d’un point A à un point B. Dans le freerun, on ajoute de la gestuelle, des figures qui ne sont pas forcément utiles », explique- t-il. Une pratique plus artistique, à la frontière entre l’acrobatie et la danse, sans règles ni limites, à part celles que l’on se fixe.

Le freerunner passe ses journées à arpenter les toits parisiens, sans autorisation ni équipement de sécurité. Sa philosophie : « Une quête perpétuelle où l’on voit la ville différemment, où l’on apprend à mieux se connaître, à considérer que tout est accessible en dehors des carcans créés par l’homme. » Un traceur conduit son corps là où son regard le porte. Avec Simon, la promenade sur le zinc prend des airs de haute voltige. Le chat de gouttière, dont la silhouette furtive se confond avec le gris des toits, saute entre deux chiens assis, s’élance au-dessus d’une cour intérieure, enchaîne avec un salto déconcertant, malgré les vingt mètres qui le séparent du plancher des vaches. En toiture, Simon ! (…)

Photos : © Mathieu Génon

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Par Philippe Schaller

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