L’ogre de la place Monge

L’ogre de la place Monge

EN KIOSQUE # 5 – Une gigantesque officine grignote peu à peu le pâté de maisons du 5e où elle est implantée. Un paradis de la parapharmacie dont le succès et l’appétit immobilier font beaucoup parler le quartier.

Dix heures. L’heure du café. Depuis son kiosque à journaux de la place Monge, à quelques mètres de la célèbre rue Mouffetard, Didier Pean traverse à grandes enjambées et s’engouffre dans le Bistro du marché. Comme tous les matins, il a demandé à son amie Clo, une ancienne commerçante du quartier, qui habite toujours au coin de la rue, de le remplacer. Un vieux monsieur attrape machinalement Le Monde. Didier Pean revient au moment où Clo chausse ses lunettes pour rendre la monnaie. Tandis que les deux amis plaisantent, quelques touristes rôdent autour de la fontaine et s’engouffrent dans la gigantesque pharmacie qui occupe toute la façade sud de la place et déborde même sur la rue Monge.

Depuis quelques années, l’enseigne crée l’émoi au sein de la petite société vieillissante de ce village. Les cafés autour de la place, où les anciens se retrouvaient après leurs courses au marché pour un verre de vin, ont presque tous disparu. La faute, dit-on, à la pharmacie Monge. Le paradis de la parapharmacie. Sept entrées. Un monstre de modernité, irrésistible, tentaculaire, qui rachète les uns après les autres les petits commerces du quartier.

Un Bonheur des dames du xxıe siècle, où les crèmes antirides, mousses micellaires et sérums de bronzage ont remplacé les soieries et les gants. Et ici, les prix défient toute concurrence, même en France. Pour compenser la faiblesse des marges, les produits sont achetés en très grosse quantité. Des milliers de références s’écoulent et sont réalimentées en permanence. Et si le génial Octave Mouret, dépeint par Emile Zola en 1882, fournissait les bourgeoises de Paris, Alexandre Freyburger, l’astucieux pharmacien propriétaire, s’est tourné vers les touristes asiatiques (…)

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Par Sarah Jourdren

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