Elever ses enfants à Paris : la grande débrouille

Elever ses enfants à Paris : la grande débrouille

EN KIOSQUE # 5 – La capitale est-elle adaptée pour fonder une famille ? Les jeunes parents s’interrogent, puis se lancent, pour le meilleur et pour le pire. Logement, garde, loisirs, environnement, organisation… Enquête sur des concessions et des solutions.

« Passe-moi mon père, cousin. » Puis Frédéric ne peut plus sortir un mot. Il pleure longuement et bruyamment, affaissé sur un scooter garé rue Lasson, dans le 12e arrondissement de Paris. « Il est beau, papa, il est beau », finit-il par lâcher. Mercredi 3 août 2016, vers midi, à la maternité des Bluets, Néo est né. Dans quelques jours, il découvrira l’espace que ses parents lui ont réservé dans leur appartement du 20e. Sa vie commence ici, à Paris. Et s’y poursuivra peut-être, comme pour près de 320 000 enfants de 0 à 14 ans, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

On aurait tendance à penser qu’il n’y a guère que les Parisiens d’origine pour trouver tout naturel d’élever un enfant intra-muros. Et encore : pour beaucoup, y étudier, y travailler, y sortir, oui. Y faire un enfant, non. Car les enfants sont associés au fantasme d’une rue, d’une maison et d’un rythme de vie confortables, à l’espace et au vert. Pourtant, l’âge – de la femme en particulier – fait que, bien souvent, on se lance, et tant pis pour le jardin.

Christian, Claudine et leur fille Mathilde vivent dans le 12e arrondissement. Il n'a jamais été question pour eux de quitter Paris.

Christian, Claudine et leur fille Mathilde vivent dans le 12e arrondissement. Il n’a jamais été question pour eux de quitter Paris.

En mai 2016, la mairie de Paris a révélé les résultats d’une étude menée sur environ 2 000 familles parisiennes : 21 % d’entre elles considèrent qu’il est plus simple d’être parent à Paris que dans d’autres villes ; 34 % que ce n’est ni plus simple ni plus compliqué ; 45 % que c’est plus compliqué. « La question n’est pas tant d’avoir ou non grandi à Paris soi-même pour bien y vivre en famille, mais d’avoir ou non l’argent nécessaire pour cela », note Véronique Desmaizières, présidente de l’Union départementale des associations familiales (UDAF) de Paris.

Les parents du petit Néo, lui intermittent du spectacle, elle salariée d’une ONG, font partie de ceux pour qui c’est « plus compliqué », malgré des revenus très corrects de 4 000 euros par mois. Pourtant, non, ils ne partiront pas. Pas tout de suite. Avec les années, ils découvriront ce qu’être parent à Paris implique, au fil de petits arrangements avec le confort, la vie professionnelle ou encore l’école.

Dossier réalisé par Virginie Tauzin
Photographies Mathieu Génon

1 – Cadence, on gonfle ses journées
Pour le moment, Isabelle et Florent n’y voient pas d’inconvénients. Quatre étages à grimper à pied dans un immeuble situé entre deux escaliers montmartrois, près de la station Lamarck- Caulaincourt, profonde de 25 mètres et dans laquelle il vaut mieux compter sur la bonne marche de l’ascenseur, ne leur font pas peur (…)

A Montmartre, Isabelle et Florent attendent Gabriel, leur premier enfant.

A Montmartre, Isabelle et Florent attendent Gabriel, leur premier enfant.

2 – Logement, on se case ou on se casse
Didier Camandona est formel : « Globalement, la ville de Paris n’a pas réussi à s’adapter à la famille. » Le président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) du Grand Paris pointe des problèmes de prix, évidemment, mais aussi de volumes et d’équipements (…)

3 – Garde, on s’entraide entre voisins
Depuis la fin de son congé maternité, Li continue de travailler. Son mari aussi. Pour autant, le couple ne paie pas pour la garde de son fils de 2 ans. C’est que, du lundi au vendredi, la mère de la jeune femme vient de Maisons-Alfort (94) pour passer la journée avec son petit-fils dans son appartement du 12e, exactement comme une nounou à domicile (…)

4 – Ecole, on filoute
« Les parents préfèrent rester à Paris pour bénéficier des bonnes écoles » : Véronique Desmaizières assure que l’éducation est la raison principale pour laquelle les parents s’accrochent à tout prix à la vie parisienne, au détriment d’un logement plus grand, de vacances et même d’un air moins pollué (…)

5 – Loisirs, on a tout près de chez soi
La petite Lola, dans le 19e arrondissement, est habituée à des journées bien remplies. Piano, judo et stages de cirque ; deux séances chez l’orthophoniste par semaine ; sans compter toutes les sorties organisées par sa mère. A Paris Plages, en août, elle a fait du pédalo et du roller sur l’eau (…)

Florence, qui travaille en banlieue, et sa fille Lola, en CE1 dans le 19e arrondissement.

Florence, qui travaille en banlieue, et sa fille Lola, en CE1 dans le 19e arrondissement.

6 – Transport, on se jette à l’eau
A quel âge laisse-t-on son enfant prendre le métro seul ? aller à pied à l’école ? rejoindre des copains au parc du bout de la rue ? « A partir de 11-12 ans, les miens ont fait de petits trajets sans correspondance qu’ils connaissaient déjà par cœur, en restant dans notre coin de Paris », indique Anne-Sophie (…)

7 – Environnement, on rêve d’un air meilleur
Pendant toute son année de sixième, Pablo, 11 ans, a été dispensé de sport. D’après l’un de ses professeurs d’un collège du 16e arrondissement situé à proximité du périphérique, le jeune garçon, en proie aux crises, a toujours un inhalateur de Ventoline à portée de la main. En France, selon le centre de l’asthme et des allergies de l’enfant de l’hôpital Armand-Trousseau, dans le 12e, un enfant sur dix est asthmatique (…)

8 – Manifs, attentats… on dompte la vie
Un jour, Philippe a réalisé que sa fille, habitante du 18e arrondissement, traversait tous les jours Pigalle à pied pour se rendre à son lycée situé dans le 9e. « A Cholet, tu passes pas tous les jours devant tous les sex-shops de la ville ! » Comme lui, de nombreux parents se soucient des réactions de leurs enfants devant des choses qu’ils ne peuvent pas forcément comprendre, voire qui peuvent les heurter (…)

Lire la suite du dossier et les articles complets dans Soixante-Quinze n°5, en vente en kiosque.

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, ici.

Par Virginie Tauzin

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *