« J’ai photographié Paris, mais pas assez »

« J’ai photographié Paris, mais pas assez »

EN KIOSQUE # 5 – Elle est la dernière photographe humaniste française. Née en Suisse en 1924, arrivée en France en 1946, elle a travaillé pour Vogue, elle a connu Robert Doisneau, Willy Ronis et Brassaï. Sabine Weiss revient sur soixante-dix ans de vie parisienne.

Soixante-Quinze : Comment êtes-vous arrivée à Paris ?
Sabine Weiss : En 1946, j’ai quitté la Suisse, où j’as- sistais le photographe Frédéric Boissonnas. Je me rappelle être arrivée de Genève en train après un long voyage de nuit sur des banquettes de bois. À l’époque, on vivait avec rien ou presque. Je ne possédais qu’un appareil photo et une petite valise. Paris était encore rationnée et il y avait très peu de choses dans les magasins. Quand on mangeait une petite saucisse, c’était bien. On se débrouillait. En même temps, je ne sais pas comment on faisait, car on mangeait tout le temps dans les bistros. Ils étaient extraordinaires. Je me souviens de celui de la rue de Buci. Il n’y avait pas de carte, mais des écriteaux pour renseigner sur ce qu’on y mangeait. À l’entrée, le mari tenait la caisse ; au fond, il y avait une grande cuisinière et la femme préparait à manger devant les gens. Quand elle faisait des omelettes, elle cassait deux œufs à la fois. C’était impressionnant et très beau.

Où viviez-vous ?
D’abord dans le quartier Saint-Germain, rue Jacob, rue de Buci, dans des petits hôtels pas chers. À l’époque, on louait des chambres pour rien, au mois. On changeait d’établissement avec ce qu’on avait sur soi, on ne se compliquait pas la vie. Il y avait beaucoup de petites boutiques, aujourd’hui disparues.
En 1949, j’ai rencontré mon mari, le peintre améri- cain Hugh Weiss. Il m’a parlé de cet appartement, où je vous reçois aujourd’hui [boulevard Murat, dans le 16e arrondissement, ndlr]. C’était un simple atelier avec les toilettes et l’eau dans la cour, le gaz et l’électricité ! Ça n’était pas exceptionnel, c’était comme ça. À l’époque, on était beaucoup moins gâtés. On recevait les clients et les gens importants dans des endroits frustes, ce qui serait impensable aujourd’hui.

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Par La rédaction

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