Ces loyers qu’on ne peut pas encadrer

Ces loyers qu’on ne peut pas encadrer

EN KIOSQUE # 4 – Un an après l’application du plafonnement du montant des locations, les Parisiens peuvent-ils vraiment se loger moins cher ? Un bon quart des bailleurs esquivent encore une loi qui n’a prévu ni contrôles ni sanctions.

Pour rien au monde Shannon Cain ne renoncerait à son studio, qu’elle a décoré avec soin. Cette Américaine de 52 ans rêvait de vivre à Paris pour y écrire son prochain roman : « Je suis tombée amoureuse du 10e, ce quartier si vivant. Et l’appartement a une telle vue ! » Depuis son petit balcon, l’écrivain a la capitale à ses pieds : la gare de l’Est et son bruyant va-et-vient de trains, le Sacré-Cœur en se penchant un peu sur la balustrade et la tour Eiffel à l’horizon. So cliché. Un tel panorama, ça n’a pas de prix… mais ça a un coût. La vue sur le plus célèbre monument parisien – à six kilomètres tout de même – et la rénovation de l’appartement ont justifié un complément de loyer de 235 euros par sa propriétaire. Le logement est en parfait état. Mais 1 250 euros en tout (plus 120 euros de charges) pour un studio de 35 m2, c’est cher. Trop cher pour la quinqua, mais aussi aux yeux de la loi. « Je serais ravie de payer le maximum, revendique Shannon, mais le maximum de la loi ! »

Le plafonnement des loyers, mesure phare de la loi du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, dite loi ALUR, souffle sa première bougie. Ce dispositif, entré en vigueur à Paris le 1er août 2015, fixe pour chaque quartier un loyer de référence, un loyer minoré de 30 % et surtout un loyer majoré de 20 % qui ne peut être dépassé, sauf aspects exceptionnels donnant lieu à un complément de loyer. La loi, qui ne concerne que les nouveaux baux et les renouvellements, devait impliquer 28 agglomérations françaises où « il existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande, entraînant des difficultés sérieuses d’accès au logement ». Finalement, c’est la seule capitale qui sert de cobaye. Et encore. « On s’est battu pour l’appliquer alors que l’idée était sur le point d’être enterrée par le gouvernement », rappelle Ian Brossat, l’adjoint d’Anne Hidalgo au logement. Ambition affichée : permettre aux Parisiens de se loger plus facilement et moins cher, dans le sillage de nos voisins allemand, suédois ou suisse. « Les loyers sont devenus délirants, les salariés qui font vivre Paris n’arrivent plus à s’y loger », fulmine l’élu (…)

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Par Philippe Schaller

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