Quel avenir pour le lycée Jean-Drouant dans le 17e arrondissement ?

Quel avenir pour le lycée Jean-Drouant dans le 17e arrondissement ?

ARTICLE EN LIBRE ACCES – Le prestigieux lycée Jean-Drouant, dans le 17e arrondissement de Paris, pourrait fermer ses portes, expulsé de ses propres locaux par le Centre de formation des apprentis voisin, propriétaire des murs de l’établissement. La rentrée en septembre 2016 semble assurée. Mais ensuite ?

« À quelle sauce allons-nous être cuisinés ? » Banderole dans la main gauche, casserole dans la main droite, toque sur la tête et jeux de mots inquiets en bouche : plus de 400 restaurateurs en devenir ou aspirants maîtres d’hôtel, ont manifesté, en avril 2016, devant les portes du Conseil Régional d’Ile-de-France. Leur cause : la défense du lycée hôtelier Jean-Drouant, situé dans le 17e arrondissement de Paris, menacé de disparition par le projet d’extension et de rénovation du Centre de Formation d’Apprentis (CFA) mitoyen.

À deux pas du Parc Monceau, le grand bâtiment style art déco du 20 rue Médéric, abrite en effet deux entités distinctes, le lycée Jean-Drouant et le CFA Médéric. Un établissement public d’un côté, une structure privée de l’autre, des cuisines à partager à l’occasion : depuis 1977, date de création du centre d’apprentissage, la cohabitation s’avère compliquée. Une situation à laquelle les dirigeants du CFA entendent bien mettre fin, selon le projet qu’ils ont présenté fin mars 2016. « Ils veulent transformer tout le complexe en un aimable CFA, avec un doublement du nombre d’étudiants pour la rentrée 2019, se révolte Pierre Berthet, président de l’association des anciens élèves de Drouant. Le lycée, dans tout ça, est purement et simplement supprimé ! »

« Fleuron de Paris intra-muros »

L’idée a d’autant plus surpris que Jean-Drouant se distingue régulièrement par l’excellence de ses résultats – détrônant les réputés Henri-IV et Louis-le-Grand au dernier palmarès des lycées parisiens. Pétition, manifestation, mobilisation : l’opposition s’est rapidement organisée, portée par les enseignants de Drouant. « On se bat pour préserver le lycée, pour récupérer notre nom d’École Hôtelière de Paris [appellation historique de Jean-Drouant, pourtant déposée à l’Institut National de la Propriété Industrielle par l’association gérant le CFA], détaille Cynthia Perrod, professeur en hôtellerie-restauration depuis treize ans. Et bien sûr pour que les élèves restent à la même adresse, en ayant le choix de leur formation. »

Preuve de la notoriété du lycée, les réactions de soutien se sont multipliées dans le monde entier, depuis New York ou l’Angleterre : « le lycée Jean-Drouant a une réputation mondiale. Il représente Paris et la France », « fermer une institution formant des étudiants de l’hôtellerie-restauration est impardonnable. Que va devenir le pays de la gastronomie si des établissements scolaires reconnus à l’étranger ferment leurs portes ? » Dominique Loiseau, Éric Appenzeller (Meilleur Ouvrier de France 2007), Jean-Luc Pouteau (meilleur sommelier du monde en 1983), quelques-uns des anciens professeurs et élèves les plus prestigieux ont aussi rejoint le mouvement.

Trois options en cas de fermeture

Fédérant toutes ces voix contestatrices, le collectif Jean-Drouant pour la promotion et le développement des formations hôtelières au sein du site Médéric, s’est attaché ces dernières semaines à interpeller les parties prenantes au dossier. Une délégation a été reçue par Agnès Évren, vice-présidente du Conseil Régional en charge de l’éducation et de la culture, avant de rencontrer François Weil, recteur de l’académie d’Ile-de-France. Prochain objectif du groupe : obtenir un entretien avec Brigitte Kuster, maire du 17e arrondissement et conseillère régionale. « Nous essayons d’alerter sur notre situation, et de nous tenir informés des discussions politiques. Mais à vrai dire, on reste complètement dans le flou concernant l’avenir de Drouant », déplore Sonia Mottet, présidente de l’association des parents d’élèves. « On ne sait rien, renchérit une étudiante croisée à la sortie des cours. On est en pleine période d’examens en ce moment, et ça rajoute forcément à notre stress de ne même pas savoir si on va pouvoir finir nos études ici. »

Pour le moment, trois options ont été évoquées concernant l’avenir des élèves en cas de fermeture définitive de Drouant : un déplacement du lycée dans de nouveaux locaux, une fusion avec une autre institution ou une répartition des étudiants dans les différentes structures d’enseignement hôtelier de Paris. Des solutions qui n’en sont pas, selon Sonia Mottet : « Là, c’est la maman qui parle. Le directeur du CFA balance ces hypothèses, mais dans le fond, il s’en fiche, ce ne sont pas les études de ses enfants qui sont en jeu.» En attendant une décision officielle sur le devenir du lycée, elle a donc choisi de privilégier « l’optimisme. Pour les élèves. J’ai espoir, je me dis que le projet n’aboutira pas. Durant les dernières années, Drouant a été plusieurs fois menacé d’expulsion ou de fermeture. Et, à quatre-vingts ans, le lycée est toujours là. »

Pour s’abonner à Soixante-Quinze, ou acheter le numéro qui vous manque, cliquez ici.

Par Chloé Lebouchard

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *