La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

EN KIOSQUE # 4 – Rue Dejean, dans le 18e arrondissement de Paris, la Ville et l’État n’ont pas rempli leurs missions de salubrité et de sécurité. C’est l’avis du tribunal administratif de Paris à la suite d’une plainte des riverains. Il pourrait faire jurisprudence.

Devant le regard indifférent des passants, à l’entrée de la rue Dejean, dans le 18e arrondissement de Paris, une camionnette de boucher tente de manœuvrer. À quelques centimètres du pare-chocs, un camelot ramasse paisiblement sa marchandise sous les coups d’avertisseur frénétiques du livreur. La scène est banale dans ce coin de la Goutte-d’Or. Entre les rues Poulet et des Poissonniers, à une encablure du boulevard Barbès, cette rue piétonne du 18e arrondissement cristallise depuis quelques années la colère des riverains. En cause, les dizaines de vendeurs à la sauvette qui se sont installés progressivement devant les étals historiques des commerçants.

Entre les bouchers, les poissonniers et les primeurs, on trouve désormais de faux sacs Prada, des lunettes de soleil, des vêtements bariolés, des cacahuètes et du poisson séché. Un commerce parallèle qui a fini par excéder les habitants du quartier. En vingt ans, Christine Soufflet a vu la situation se dégrader : « Nous subissons une violence sourde, des insultes. À l’entrée de la rue, les vendeurs installent des palettes et bloquent le passage. Quand la police arrive, il y a des mouvements de foule, c’est dangereux ! » Yveline Piarroux, sa voisine depuis quinze ans, approuve : « On ne peut plus ouvrir les fenêtres à cause du brouhaha permanent. La circulation devient impossible, sans parler des déchets que les vendeurs laissent derrière eux en partant. »

Réunis dans l’association La Vie Dejean, présidée par Christine Soufflet, ces riverains ont attaqué la Ville de Paris et l’État pour « carences fautives dans leur mission de protection de la sécurité et de la tranquillité » et « rupture d’égalité ». Autrement dit, ils accusent la mairie et la police de ne pas mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour régler leur problème. Et ils ont gagné. Le 24 mai 2016, ces institutions ont été condamnées à verser 5 000 euros en réparation du préjudice subi par les habitants. Pour Guillaume Bazin, un des avocats de l’association, « le juge s’est mouillé en condamnant la Ville et l’Etat pour faute ». Le jugement souligne notamment que « la Ville de Paris dispose encore d’une grande latitude pour augmenter la fréquence des différents dispositifs de nettoyage, en particulier le soir » (…)

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Par Sarah Jourdren

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