La rue leur appartient

La rue leur appartient

EN KIOSQUE # 4 Sur les 6 000 artères de la capitale, 700 sont fermées à la circulation des non-résidents. Plongée dans l’univers de ces morceaux de Paris privilégiés… mais pas toujours idylliques.

C’est un face-à-face métallique de grilles, un vis-à-vis de rues fermées en plein cœur du 16e arrondissement de Paris. Du côté gauche de la rue du Ranelagh, l’avenue des Chalets et son imposant portail, trois bons mètres au garrot, avec ornements de fer forgé et pointes en l’air. Du côté droit, l’avenue Vion-Whitcomb, ses grilles noires, la guérite de son gardien et, dans un angle, son panneau d’information : « Voie interdite à toute personne étrangère à l’avenue ». Depuis sa cabine, tel Big Brother, le concierge veille. Pas la peine d’essayer de ruser, vous ne passerez pas. « Tous les accès à la rue sont fermés en permanence, explique le gardien en vitesse. Le passage du public et des véhicules n’est pas autorisé. Seuls les riverains ont le droit d’entrer. »

Une rue fermée ? Surprenant, d’autant plus pour une voie qui porte la dénomination d’avenue, et non de villa ou de cité comme la majorité des quartiers à accès réglementé de la capitale. Mais tout ce qu’il y a de plus légal. L’avenue Vion-Whitcomb fait partie du millier de voies privées que compte Paris : elle n’appartient donc pas à la voirie municipale, mais à l’ensemble des possesseurs des bâtiments de l’artère, organisés en syndicat de copropriété. À ce titre, ces heureux proprios ont toute latitude sur leur morceau de territoire : choix du revêtement, la largeur des trottoirs, et même le nom du passage. Charmante modestie, Vion-Whitcomb est le patronyme du tout premier propriétaire de la rue ! Sous réserve de l’accord des pompiers – question de sécurité – et d’une déclaration à la direction de l’urbanisme, le choix de l’ouverture à la circulation publique est aussi laissé à l’appréciation des copropriétaires. « Et si on a décidé de fermer la rue, c’est pour être sûrs qu’on ne vienne pas nous déranger ! » s’exclame un habitant, visiblement agacé par notre curiosité (…)

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Par Chloé Lebouchard

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