Les jours du bois Dormoy sont comptés

Les jours du bois Dormoy sont comptés

ARTICLE EN LIBRE ACCES – Le Bois Dormoy a organisé, dimanche 5 juin 2016, son vide-grenier annuel. Le dernier sans doute, pour ce carré de verdure sauvage du 18e arrondissement de Paris : l’association gestionnaire doit rendre les clés le 8 juin 2016. Prévus de longue date, les travaux de construction devraient débuter rapidement.

Sous le ciel gris de ce premier dimanche de juin, le sol du petit bois est boueux. La menace de la pluie n’a pas découragé la trentaine d’exposants venus vendre vêtements, jouets, livres ou vaisselle au vide-grenier organisé par l’association Le Bois Dormoy. Pourtant l’atmosphère est mi-figue, mi-raisin : dans trois jours, au terme d’un préavis de trois mois, la convention d’occupation des lieux sera caduque. L’association devrait remettre les clés du Bois Dormoy à la mairie du 18e arrondissement de Paris.

Ce devrait être un dimanche de fête, rythmé par la musique jouée par une partie de la fanfare l’Ovni Tender, mais la menace qui plane sur ce petit coin de verdure est visiblement dans toutes les têtes et ressurgie de loin en loin dans les conversations. Si tout se passe selon les plans de la mairie, le bois ne sera bientôt qu’un souvenir, remplacé par une maison de retraite, un EHPAD et une crèche.

> Lire notre article dans le n°2 de Soixante-Quinze : La forêt désenchantée

Sous les branchages d’une cabane, des enfants enterrent à regret cet endroit, « où on peut faire ce qu’on veut ». Derrière son stand, Colette, une habitante du quartier, discute avec ses voisins : « C’est vraiment dommage de supprimer ce lieu. En été je venais de 14 heures à 20 heures pour échapper à la chaleur ! ». Patrick lui, semble se résigner : « C’est le pot de terre contre le pot de fer. Alors évidemment, on est un peu fataliste. » Une analyse partagée par Tanguy, le trésorier de l’association : « On a fait tout ce qu’on pouvait, même le recours en justice, alors qu’on voulait l’éviter. Il faudrait un miracle, et ces choses-là, je n’y crois pas. »

Occuper les lieux jusqu’aux travaux

« Tant que le bois est encore debout, on ne se rend pas vraiment compte, soupire de son côté Thomas Augais, le président de l’association Le Bois Dormoy. De toute façon, on occupera les lieux jusqu’à ce que les travaux commencent. » Et c’est sur ce point qu’ils espèrent un sursis. Car si le permis de construire prend effet à partir du 8 juin 2016, le recours de l’association devant le tribunal administratif sera jugé le 16 juin. « Ils peuvent bien attendre huit jours de plus ! ». Pour sauver le bois Dormoy, Me Ambroselli, l’avocat payé grâce un financement participatif, jouera sur les éventuels vices de procédure. « Ce n’est pas à la justice de décider du fond de l’affaire, explique Thomas Augais. Elle ne peut juger que la forme. »

 

Par Sarah Jourdren

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