Polémique à la bibliothèque Château d’Eau dans le 10e

Polémique à la bibliothèque Château d’Eau dans le 10e

ARTICLE EN LIBRE ACCES – La bibliothèque du Château d’Eau, située au quatrième étage de la mairie du 10e arrondissement de Paris, vit ses dernières semaines. Et l’avenir de son fonds photographique, fort de plus de 3000 ouvrages, inquiète usagers, bibliothécaires et élus du quartier.

Difficile d’imaginer tel spectacle sous les moulures de la mairie du 10e arrondissement de Paris. Les diapositives se succèdent, photographies projetées sur mur blanc. L’image d’un homme rieur au sourire édenté. Clac. Puis celle d’un moment de répit au bord du Canal Saint-Martin. Clac. Des roses blanches sur la terrasse du bar Le Carillon. Clac.

Le ton est donné : entre la bibliothèque du Château d’Eau et la photographie, c’est une grande histoire. Qui dure depuis 1992, date de création du fonds photographique et des cycles d’expositions temporaires, et qui a fait du quatrième étage de la mairie un petit paradis pour amateurs de beaux clichés.

Transfert des ouvrages

Mais l’histoire devrait prendre fin plus vite que prévue. La Ville de Paris, lancée à pleine vitesse dans sa réforme des bibliothèques, a en effet désigné sa nouvelle cible : le Château d’Eau. « Depuis l’ouverture en mai 2015 de la médiathèque Françoise-Sagan, à quelques rues d’ici, la mairie estime que notre fréquentation n’est plus suffisante pour continuer », explique Philippe Lerch, responsable adjoint de la structure. Le Château d’Eau avait déjà bénéficié d’un sursis en 2012, l’annonce n’a pas vraiment surpris.

Qui dit fermeture, dit transfert des ouvrages dans un autre établissement. Et c’est là que le bât blesse : exceptionnel par sa qualité et son ampleur, le fonds photographique est compliqué à reloger. Avec plus de 3000 titres empruntables, des abonnements à huit revues spécialisées, il occupe actuellement une pièce entière de la bibliothèque du Château d’Eau.

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Au quatrième étage de la mairie du 10e, la bibliothèque Château d’Eau héberge 3000 ouvrages photographiques. Photo ©️Mathieu Génon.

Métro Jacques-Bonsergent, la bibliothèque Lancry, elle-même régulièrement menacée de fermeture, n’a la place d’accueillir que les romans. La toute fraîche médiathèque Françoise-Sagan avance le même argument. Une situation que regrette Frédéric Dumas, gestionnaire du Château d’Eau : « Françoise-Sagan était la destination naturelle du fonds. La directrice évoque un problème de place, mais il n’en est rien. La vérité, c’est qu’ils se sont spécialisés dans la littérature jeunesse et qu’ils craignent de brouiller leur image en récupérant notre collection sur la photographie. »

Impossible de mêler Doisneau à Harry Potter, de caser Cartier-Bresson au milieu d’une pile de mangas : c’est clair, le fonds photo ne restera pas dans le 10e. Il a donc fallu chercher refuge ailleurs. Tout à l’ouest de Paris, dans le 17e arrondissement. Un accord de principe a été conclu avec les dirigeants de la médiathèque Edmond-Rostand. Ariane, 21 ans, étudiante en arts graphiques et habituée du Château d’Eau, s’en réjouit. Dans l’absolu : « C’est une bonne chose que le fonds trouve un repreneur. Je viens ici exprès pour le consulter, il est vraiment complet. Maintenant, qu’il parte dans le 17e, je trouverais ça dommage, c’était quelque chose d’implanté dans le quartier. »

Quid des Rencontres photographiques du 10e ?

D’autant plus ancré que depuis 2005, le personnel du Château d’Eau coordonne aussi les Rencontres photographiques du 10e, un festival d’exposition dont l’avenir est de fait incertain. Les élus communistes, écologistes et républicains sont d’ailleurs montés au créneau : quel avenir pour cette manifestation avec le départ des bibliothécaires qualifiés et un fonds photo déménagé à la Plaine Monceau ? « La disparition de notre bibliothèque ne remet pas nécessairement en cause l’existence de cet événement, contraste Frédéric Dumas. On a créé le bébé, mais je pense qu’aujourd’hui il peut continuer à grandir sans nous. »

Face à la fronde de son conseil municipal, la mairie du 10e (PS) a annoncé qu’elle recherchait des partenaires locaux pour assurer la pérennité des rencontres. L’équipe du Point Éphémère, centre artistique du Quai de Valmy, s’est déjà positionnée. Une déclaration officielle de la Mairie devrait intervenir au début du mois de juin concernant le transfert du fonds et le maintien des Rencontres Photographiques. Dans l’attente, élus, habitants du quartier, personnel du Château d’Eau, tous espèrent que la solution proposée ne sera point éphémère.

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Par Chloé Lebouchard

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